28/08/2018

La crise permanente

images.pngParler de «crise permanente» à l’heure où les médias font état d’une reprise de la croissance semble en effet paradoxal. Étonnamment, aucun d'entre eux n’a jusqu’à présent signalé le caractère artificiel de cette croissance. Or, elle repose principalement sur une explosion de la dette mondiale. Personne n’a évoqué non plus la déconnexion toujours plus importante entre la croissance et les performances des entreprises et de l’économie. Ou encore les injections permanentes et gigantesques des banques centrales dans le secteur financier afin de maintenir le fleuron bancaire à flot et d'en préserver les avantages, souvent au détriment des citoyens.

Une guerre sans frontière

t%C3%A9l%C3%A9chargement-5-1-300x168.jpgAujourd’hui, la jeunesse européenne ne meurt plus en masse dans les tranchées ou sur les champs de bataille. Ceux d’entre elle qui disparaissent prématurément le doivent plutôt aux accidents de la route et aux suicides. Elle est pourtant enrôlée dans cette autre forme de guerre qu’est cette guerre financière, et dont elle pâtit le plus souvent. Ses maux sont la dépression, l’alcoolémie, le surpoids... qui sont précisément les corollaires de la détresse. Ses peurs: l’avenir et les risques de chômage et d’insécurité générés par la crise financière. Les générations actuelles sont hébétées par des médias qui présentent le plus souvent le futile comme essentiel et qui n’abordent l’essentiel au mieux que de manière futile.

Ne possédant pas les clés pour comprendre les véritables enjeux, l’avenir leur apparaît trop souvent indéchiffrable et donc inquiétant. Un chômage de masse s’est installé durablement dans notre société avec pour conséquence une précarisation croissante des emplois et une marginalisation de pans entier de la population. Pour un chômeur, l’exclusion du monde de l’emploi signifie l’impossibilité de bâtir une vie et l’absence de tout horizon. Le vocabulaire guerrier traduit l’ampleur du mal. En l’espace d’un siècle la «bataille pour l’emploi» serait-elle une nouvelle «bataille de la Marne»? Probablement non, car si du côté français la bataille de la Marne fût une victoire, l’issue de la «bataille pour l’emploi» demeure très fumeuse. L’imaginaire «inflexion de la courbe du chômage», l’incantatoire «reprise de la croissance » relèvent dans ce pays plutôt de la propagande que de la réalité.

Crise et chômage

t%C3%A9l%C3%A9chargement-13.jpgPlus généralement, de par le monde, la crise financière a généré plus de 61 millions de chômeurs supplémentaires, sans compter tous ceux qui sont exclus des statistiques officielles. Elle semble posséder un caractère permanent, puisque les mesures prises pour soi-disant y remédier ne font que la prolonger.

Cette profonde crise est la résultante d’une guerre financière mondiale qui spolie et appauvrit à grande échelle une large majorité de la population du globe. Ce conflit est asymétrique, car il est essentiellement mené par une aristocratie financière, une toute petite minorité qui représente à peine 0,001% de cette population.

Les théâtres de cette guerre sont multiples et situés sur différents continents. L’Europe en est un, avec aujourd’hui la Grèce et Athènes comme point focal. Certains quartiers d’Athènes ont été ravagés par ce conflit et par cette crise financière d’une rare intensité. Tant les affrontements réguliers entre manifestants et forces de l’ordre que le chômage et la précarité à grande échelle sont les caractéristiques de cette guerre sociale. Une de ses causes est qu’en 2000, la banque Goldman Sachs a permis à la Grèce de camoufler une partie de sa dette, ce qui a permis à ce pays d’intégrer la zone euro. Sans cette manipulation financière, une telle intégration n’aurait pas été possible, et cela aurait été souhaitable tant pour la Grèce que pour la zone euro.

Spéculation et finance

t%C3%A9l%C3%A9chargement-300x166.pngL’Afrique est un autre théâtre de cette guerre sans frontière. Les pays perdants dans ce conflit économique et financier sont pour la plupart situés sur ce continent. Une des conséquences de leur défaite est d’avoir à subir la pollution industrielle du monde développé, c’est-à-dire de lui servir de plus en plus de dépotoir. On le sait, le fleuron de la modernité, le secteur informatique, génère des milliers de tonnes de déchets. Certains pays africains, le Ghana en particulier, sont devenus de vastes décharges à ciel ouvert. Des enfants, des adolescents, au lieu d’aller à l’école, essaient jour après jour, avec des outils de fortune, de dépecer nos ordinateurs tombés en panne, pour en extraire certains métaux et les revendre. Ils sont exposés à des produits toxiques. Leur travail est dangereux. La survie quotidienne est une guerre permanente.

t%C3%A9l%C3%A9chargement-2.jpgPar ailleurs, dans le domaine alimentaire, la spéculation effrénée créée une pénurie dont de nombreux africains souffrent. En 2008 par exemple, selon la FAO10, plus de 900 millions d’individus souffraient de malnutrition. Pourtant, la production céréalière mondiale cette année-là aurait largement suffi pour subvenir aux besoins de l’ensemble de la population. De nos jours, tous les 24 heures, quelque 25000 personnes dont 18 000 enfants décèdent des suites de la famine.

L’Amérique est aussi un théâtre de cette vaste guerre. Dans le domaine industriel, au cœur même des États-Unis, la ville de Detroit autrefois réputée pour sa production automobile, est devenue méconnaissable. Certains de ses quartiers sont dévastés. Usines à l’abandon et maisons en ruine en sont les caractéristiques. Les cerveaux requis pour produire de manière compétitive des voitures plus petites, utilisant des moteurs hybrides, consommant moins d’énergie et qui émettraient moins de gaz carbonique, lui font défaut car ils ont trop souvent émigré à Wall-Street. En effet, le secteur financier rémunère bien mieux les ingénieurs que le secteur industriel, et ce non pas car il est plus efficace, mais parce qu’il est particulièrement subventionné.

Finance au brésil

t%C3%A9l%C3%A9chargement-1-300x150.jpgAu Brésil, au début 2015, cette guerre financière prend un caractère particulier. Le pays souffre d’un manque de liquidité, mais au sens premier du terme. Il s’agit de l’eau, essentielle à la vie! Le sud-est du Brésil subit une sécheresse inquiétante. La situation en termes de distribution d’eau est problématique. Des mégapoles comme São Paulo et Rio de Janeiro sont touchées. Les réserves qui alimentent ces deux villes ont atteint des niveaux historiquement faibles: celle de Cantareira pour São Paulo et celle de rio Paraíba do Sul que se disputent São Paulo et Rio de Janeiro. Le rationnement de l’eau est probable. Dans l’urgence, pour faire face aux besoins, l’État de São Paulo envisage d’utiliser un réservoir d’eau polluée (celui de Billings) pour la population et ce avant qu’une véritable décontamination n’ait eu lieu, ainsi que des égouts à ciel ouverts comme les fleuves Tietê et Pinheiros pour l’industrie. Actuellement, deux phénomènes sont observés. D’une part, le niveau de pluviométrie est bien trop faible. D’autre part, lorsqu’il pleut, l’eau va se perdre dans les égouts. Certains experts estiment probable que la déforestation continue de l’Amazonie soit la véritable cause de la sécheresse exceptionnelle que connaît le sud-est du Brésil.

t%C3%A9l%C3%A9chargement-14.jpgQuant au second phénomène, la société Sabesp, responsable de l’approvisionnement en eau de São Paulo, n’a pas procédé à des investissements de canalisation sérieux depuis de nombreuses années. Elle préfère distribuer des dividendes importants plutôt que d’investir dans la modernisation du réseau. Entre 2007 et 2014 les profits de cette compagnie, une des plus rentables du pays, se sont élevés à environ 10 milliards de reals, soit 3,23 milliards d’euros ou 3,4 milliards de francs suisses. De cette somme, environ un tiers fut destiné aux actionnaires, tant publics que privés. De tels dividendes dépassent de 48% le minimum légal et sont rarement observés dans de tels secteurs d’activités. Ce qui resta des profits ne fut pas vraiment investi de manière responsable. Le taux de fuite d’eau est de 36% à São Paulo, ce qui correspond à 435 milliards de litres par an ! Pour cette société, il semble qu’il soit moins cher de laisser fuir l’eau que de procéder aux investissements permettant de rénover et réparer les canalisations. Les bonus des directeurs de cette compagnie sont uniquement basés sur les profits réalisés, sans qu’aucun indicateur d’efficacité ne soit considéré. Pourquoi rénover et réparer les canalisations, si cela fait en même temps diminuer les profits à court terme ?

La logique financière «court-termiste» est à l’origine de ces deux phénomènes. Elle correspond aux intérêts d’une élite trop souvent corrompue, et ce au détriment des besoins de base de la population. Le pays est fier d’organiser une coupe du monde de football et les Jeux olympiques en l’espace de deux ans (2014 et 2016) et néglige l’élément vital : l’eau !

Cet article n'est qu'une courte introduction au livre présenté ci-dessous, comprenant quant à lui une analyse complète .

crise_large-205x300.jpgPour en savoir plus :  Ce livre présente un état des lieux objectif. Il décrit la financiarisation de l'économie et de la société à l’œuvre aujourd’hui, le rôle des grandes banques et des fonds spéculatifs ainsi que l’état d’esprit des croupiers de la finance et des mercenaires de la guerre financière, dont les pratiques nous touchent toutes et tous au quotidien, dans le monde entier. Prendre conscience de la situation et du problème permet également d’élaborer des solutions. Elles existent et ce livre les identifie.

> Commandez dès à présent votre ouvrage

A lire aussi : Le trader, mercenaire du XXIè siècle

 

Extrait du titre La crise permanente
De Jonathan Silvertown
Collection Quanto 
Publié aux Presses Polytechniques et Universitaires Romandes (PPUR)

Manipulation et emprise de la Finance

t%C3%A9l%C3%A9chargement-6.jpgParler de «crise permanente» à l’heure où les médias font état d’une reprise de la croissance semble en effet paradoxal. Étonnamment, aucun d'entre eux n’a jusqu’à présent signalé le caractère artificiel de cette croissance. Or, elle repose principalement sur une explosion de la dette mondiale. Personne n’a évoqué non plus la déconnexion toujours plus importante entre la croissance et les performances des entreprises et de l’économie. Ou encore les injections permanentes et gigantesques des banques centrales dans le secteur financier afin de maintenir le fleuron bancaire à flot et d'en préserver les avantages, souvent au détriment des citoyens.

 

Lire la suite

Le trader, mercenaire du XXIè siècle

te%CC%81le%CC%81chargement-300x158.jpegParler de «crise permanente» à l’heure où les médias font état d’une reprise de la croissance semble en effet paradoxal. Étonnamment, aucun d'entre eux n’a jusqu’à présent signalé le caractère artificiel de cette croissance. Or, elle repose principalement sur une explosion de la dette mondiale. Personne n’a évoqué non plus la déconnexion toujours plus importante entre la croissance et les performances des entreprises et de l’économie. Ou encore les injections permanentes et gigantesques des banques centrales dans le secteur financier afin de maintenir le fleuron bancaire à flot et d'en préserver les avantages, souvent au détriment des citoyens.

Lire la suite

10/07/2013

Quelle survie pour les éleveurs laitiers?

 

1596028.jpgFrédéric P. est songeur ce matin. Cet éleveur de Suisse romande contemple les vaches qui déambulent pour la première fois dans la nouvelle étable. Il a attendu longtemps ce moment et tout n’a pas été facile. Le troupeau avait beaucoup manqué sur le domaine pendant ces quelques années.

Mettre en commun les vaches avec l’associé, les regrouper là-bas, dans son étable, était certes une bonne décision, mais avoir sa propre ferme sans vaches à l’écurie, ce n’est pas pareil. Et puis, n’avoir plus qu’un seul troupeau entre associés, c’est tout partager, tout discuter, faire des concessions, parfois devoir s’imposer un peu. Il n’est pas toujours facile de s’entendre quand on a travaillé chacun à sa façon pendant de nombreuses années. Aucun des deux n’avait anticipé ce problème, mais les difficultés ont été surmontées finalement.

Lire la suite

25/07/2012

Suburbanité

13868437-architect-with-a-model-of-a-new-housing-estate.jpgDepuis plusieurs années, le suburbain est fortement interrogé par le débat urbanistique et architectural. Né d’un étalement urbain sans limites, il est aujourd’hui au cœur des préoccupations en matière de densification. Ses importantes ressources foncières sous forme d’occlusions agricoles ou sous forme de terrains au bâti parfois clairsemé intéressent les collectivités publiques confrontées à une demande impérative de nouvelles surfaces à bâtir.

Lire la suite