Le secret des graines

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te%CC%81le%CC%81chargement-16.jpegLa graine sait attendre son heure. Elle patiente le plus souvent une année entière avant d’entamer sa germination – le noyau de cerise peut même attendre un siècle sans problème. Qu’attend-elle, au juste? Elle seule le sait. Ce n’est qu’une fois les conditions spécifiques de température, d’humidité, de lumière et tant d’autres choses réunies qu’elle se décidera à faire le grand saut pour saisir sa seule et unique chance de pousser.

te%CC%81le%CC%81chargement-13-1.jpegLa graine en latence est vivante. Chaque gland tombé au sol est tout aussi vivant que le chêne trois fois centenaire qui le surplombe. Ni la graine ni le vieux chêne ne poussent : tous deux ne font qu’attendre. La graine attend d’éclore, le chêne de mourir. Lorsque vous vous promenez en forêt, vous levez sans doute les yeux vers les arbres les plus hauts, ceux qui sont parvenus à des sommets qu’eux seuls peuvent atteindre. Vous ne regardez pas vers le sol, là où sous chacun de vos pas, reposent des centaines de graines en attente. Elles espèrent, envers et contre tout, une opportunité qui ne viendra peut-être jamais. Plus de la moitié d’entre elles mourront avant d’avoir perçu le signal attendu. Certaines années peu propices, aucune ne survivra. Toutes ces morts n’ont cependant pas grande importance, car le bouleau qui vous domine produit à lui seul pas moins deux cent cinquante mille nouvelles graines chaque année. Pour chaque arbre qui vous entoure, une centaine au moins patientent dans le sol et n’aspirent qu’à s’élever.

te%CC%81le%CC%81chargement-10-1.jpegLa noix de coco est aussi grosse qu’une tête humaine et peut dériver à travers tout l’océan Atlantique depuis la côte africaine avant de s’enraciner sur une île des Caraïbes. Les graines d’orchidées au contraire sont minuscules: un million d’entre elles ne pèse pas plus qu’un trombone à papier. Grandes ou petites, la plupart des graines ne sont essentiellement que des réserves nutritives, destinées à nourrir l’embryon qu’elles abritent. Cet amas de quelques centaines de cellules est une véritable plante miniature, dotée d’une racine et d’une tige rudimentaires.

te%CC%81le%CC%81chargement-12-1.jpegAu moment de la germination, l’embryon ramassé sur lui-même ne fait que se déployer : les ébauches de feuilles possèdent déjà leur forme adulte au cœur de la graine et peuvent enfin s’étaler librement. Le noyau rigide de la pêche, l’enveloppe de la graine de sésame ou de moutarde, ou la coquille de la noisette servent principalement à empêcher cette expansion. En laboratoire, il suffit de gratter ce revêtement et d’apporter un peu d’eau à la graine pour que celle-ci se mette à pousser. Au fil des ans, j’ai dû faire germer des milliers de graines, mais l’explosion de vert qui s’ensuit ne cesse de m’étonner. Il ne faut parfois qu’un petit coup de pouce pour que s’accomplisse ce qui paraissait si difficile. Au bon endroit et dans les bonnes conditions, il est enfin possible de se déployer pour devenir ce qu’on est censé être.

te%CC%81le%CC%81chargement-11-1.jpegAprès avoir ouvert une graine de lotus (Nelumbo nucifera) et isolé l’embryon pour le faire croître, des chercheurs ont eu l’idée de dater son enveloppe vide au carbone 14. Ils ont alors découvert que cette graine les avait attendus pendant près de deux mille ans, dans une tourbière, en Chine. Cette graine minuscule avait gardé obstinément foi en son avenir, tandis que des civilisations humaines entières croissaient et déclinaient. Et un jour, c’est dans un laboratoire qu’elle a finalement germé. Je me demande ce qu’elle est devenue.

Tout commencement est la fin d’une attente. Il nous est donné à tous une seule chance d’exister. Chacun de nous est à la fois impossible et inévitable. Chaque arbre majestueux a d’abord été une simple graine qui a su attendre son heure.

Cet article n’est qu’une courte introduction au livre présenté ci-dessous, comprenant quant à lui une analyse complète du sujet.

1881_LabGirl_Couv_bandeau.jpgPour en savoir plus : Lab Girl est une multitude. Il est le témoignage autobiographique, intime et passionné d’une femme qui s’est battue pour devenir ce qu’elle est, et parvenir à s’imposer dans un milieu dominé par les hommes. Il est une célébration du génie végétal, du sol et de la nature qui changera à jamais votre façon de voir le monde. Il est enfin le portrait sensible et émouvant d’une amitié indéfectible.
Lab Girl est le premier livre de la géobiologiste Hope Jahren. Nous la suivons depuis son enfance dans le Minnesota et ses premiers jeux dans le laboratoire de son père jusqu’à ses voyages sur le terrain, à travers les États-Unis, la Norvège et l’Irlande, accompagnée de Bill, son fidèle et brillant collègue. Les histoires qu’elle nous raconte sont une ode à la curiosité, à l’humilité et à la passion et autant de preuves que le travail et l’amour peuvent déplacer des montagnes. 
Lab Girl est une incitation à devenir maître de sa vie et à découvrir qui l’on est vraiment, ainsi qu’un plaidoyer pour la protection de notre environnement. Viscérale, lumineuse et souvent drôle, Hope Jahren nous invite à l’observation. Avec les yeux, mais aussi avec les mains et le coeur

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Extrait du titre Lab Girl
De Hope Jahren
Collection Quanto 
Publié aux Presses Polytechniques et Universitaires Romandes (PPUR)
Lien permanent Catégories : Environnement, Science 0 commentaire

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