30/08/2018

Qu'est-ce qui fait la Suisse d'aujourd'hui?

images-300x147.jpegAuparavant confinée au seul cercle des spécialistes, l’évolution démographique de la Suisse est désormais le sujet fréquent des discussions publiques et politiques. Diverses raisons expliquent cet engouement pour l’étude des populations suisses: avec le franchissement du cap symbolique des huit millions d’habitants en été 2012 se pose en effet la question de la population maximale que peut supporter le pays

1850-2010: Une démographie galopante

Un siècle et demi de croissance Suisse

te%CC%81le%CC%81chargement.jpegUne mise en perspective est nécessaire afin de mieux appréhender les spécificités de la croissance démographique suisse. A la constitution de l’Etat fédéral en 1848, la Suisse comptabilisait 2,4 millions d’habitants. Depuis, le pays a connu une évolution contrastée, avec des périodes de croissance forte et d’autres, plus rares, de relative stabilité. Seules deux périodes de courte durée ont été marquées par une diminution de la population (en 1918 et entre 1975 et 1978, figure suivante). A la fin du 19e siècle, la Suisse compte trois millions d’habitants, et il faut attendre 35 ans pour qu’elle atteigne le seuil des quatre millions (1927), puis 29 années supplémentaires pour dépasser les cinq millions (1956). Durant la seconde moitié du 20e siècle, sous l’effet de la hausse des naissances observée dans la période de l’après- guerre (le baby-boom) puis d’une forte migration, la population s’accroît à un rythme plus rapide, pour atteindre six millions d’habitants en 1968, puis sept millions en 1995. Dix-sept ans suffisent ensuite pour arriver à huit millions d’habitants en 2012.

La figure suivante présente sous la forme de barres les taux d’accroissement pour la période comprise entre 1860 et 2012. Ces taux prennent en compte la croissance naturelle (différence entre les naissances et les décès) et la croissance migratoire (différence entre les immigrants et les émigrants), représentées également sur la figure. Quatre épisodes de forte croissance (dépassant 10‰) sont identifiables.

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Le premier correspond aux années 1880 à 1910, marquées à la fois par une fécondité élevée et des flux migratoires plutôt importants: en 1910, on dénombre déjà près de 15% d’étrangers en Suisse.

Le deuxième est celui du baby-boom, et s’étend de la fin de la Seconde Guerre mondiale jusqu’au milieu des années 1960. Il se caractérise certes par un nombre élevé de naissances, mais aussi par une immigration massive : en 1961, le solde migratoire (différence entre le nombre d’entrants et le nombre de sortants) dépasse pour l’unique fois dans l’Histoire de la Suisse le seuil des 100000 personnes.

Plus court, le troisième épisode prend place entre 1985 et 1995 et s’explique principalement par les flux migratoires, plus précisément par l’arrivée massive de réfugiés de pays marqués par des crises politiques (pays des Balkans, Turquie et Sri Lanka) ainsi que des travailleurs de l’Europe du Sud (péninsule Ibérique).

Enfin, le quatrième épisode commence au début des années 2000 et perdure encore. Il est quasi exclusivement dû à la migration de proximité, issue de l’Europe communautaire, dont les causes et les conséquences seront détaillées plus loin. En 2008, le solde migratoire atteint l’effectif de +98200, une valeur qui avoisine le record de 1961. La migration internationale a progressivement pris de l’ampleur et représente aujourd’hui le principal facteur d’évolution démographique. Depuis 1970, la natalité joue pour sa part un rôle plus modeste, quoique toujours positif, dans la croissance.

Un taux de croissance plus important que ses voisins européens

Le rythme d’accroissement actuel de la population suisse, qui augmente d’environ 80000 personnes chaque année (soit un taux de croissance supérieur à 10‰), diverge de ce qui est observé dans la plupart des pays européens. Selon les estimations pour l’année 2013, sur le Vieux Continent, seuls Chypre (15‰), la Turquie (12‰), l’Irlande (12‰) et le Luxembourg (11‰) affichent un taux supérieur à celui observé en Suisse. Les pays limitrophes présentent pour leur part une croissance beaucoup plus faible, à l’instar de la France (5‰) et de l’Italie (3‰). La population est stabilisée en Autriche, mais elle diminue en Allemagne (–2‰). La Suisse se distingue des pays voisins sur un plus long terme également. Depuis 1950, la population a augmenté de 60%, contre 20% en Allemagne et en Autriche, et 50% en France. L’expansion de la population suisse a été plus forte que celle enregistrée pour l’ensemble du monde industrialisé, bien qu’elle reste plus faible que celle mesurée aux Etats-Unis (90%).

images-1.jpegCette évolution s’inscrit dans le contexte de la transition démographique, une théorie qui explique la baisse universelle de la mortalité et de la natalité. Le décalage entre le rythme de déclin de la mortalité et de la natalité conduit à une croissance naturelle, le nombre des naissances étant supérieur à celui des décès (solde naturel positif). Depuis les années 1960 cependant, l’effet «transition» s’est estompé et l’apport naturel a progressivement diminué. Il reste cependant positif, mais plus faible (de l’ordre de 2‰ contre 5 à 10‰ jusqu’en 1965), comme on peut l’observer à la figure ci-dessus. En revanche, la migration internationale est devenue le principal facteur de l’évolution démographique.

Cette migration trouve sa source dans une conjoncture économique et une stabilité politique favorables. Elle s’explique aussi par un effet purement démographique, observable au cours des années 1960 et de la première décennie 2000. En effet, à la fin des années 1950, les générations peu nombreuses de l’avant- guerre arrivent sur le marché du travail. Comme leur effectif ne suffit pas à satisfaire la demande de main-d’œuvre, les actifs qui font défaut en Suisse sont recrutés à l’étranger. Quarante ans plus tard, ce phénomène de migration de remplacement s’observe à nouveau : les générations nées entre 1970 et 1985 étant peu étoffées, l’économie doit faire appel à des étrangers pour disposer des compétences faisant défaut en Suisse.

Les dates clés de l'évolution démographique Suisse

Le tableau suivant résume les dates-clés de l’évolution démographique de la Suisse et illustre les changements observés. La natalité connaît une forte diminution à la fin du 19e et au début du 20e siècle, pour atteindre un plancher de 62500 naissances en 1937. Cette même année, le nombre moyen d’enfants par femme passe pour la première fois sous le seuil de 2. Cependant, à la fin de la Seconde Guerre mondiale et jusqu’en 1965, le baby-boom entraîne une hausse du nombre des naissances culminant à 113 000 en 1964 (2,6 enfants par femme). Par la suite, ce chiffre chute rapidement (moins de 72 000 en 1978, soit 1,5 enfant par femme). Quant à la mortalité, elle diminue régulièrement sur l’ensemble des 160 années, si l’on excepte quelques crises sanitaires dont la plus marquante est la grippe espagnole de 1918.

Cet article traitant de la démographie Suisse de ces dernières années n'est qu'une courte introduction au livre présenté ci-dessous, comprenant quant à lui une analyse complète du sujet.

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A lire aussi : Une Suisse a 10 millions d'habitants

Extrait du titre Une Suisse à 10 millions d'habitants 
De Philippe Wanner 
Publié aux Presses Polytechniques et Universitaires Romandes (PPUR)

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