08/09/2017

Leadership : Le charisme analysé et déconstruit

te%CC%81le%CC%81chargement-15.jpegDéfinir les objectifs à atteindre, susciter l’adhésion de ses collaborateurs, identifier et fédérer les compétences, telles sont les bases du leadership et d’un management efficient. Si celles-ci paraissent évidentes, leur mise en application peut sembler complexe et délicate, tant pour le jeune manager en charge de sa première équipe, que pour le cadre aguerri désireux de revisiter ou d’affiner sa pratique.


 

images-1-300x158.pngLe management, le leadership, le fait de diriger efficacement des équipes de personnes différentes est un enjeu qui occupe une place centrale dans le monde de l’entreprise. En effet, le constat du coût humain que pouvaient générer le taylorisme ou le fordisme a conduit, évidemment pour des enjeux économiques, à ne pas réduire l’organisation du travail à celle des ressources matérielles. On commence à assister aujourd’hui à un rééquilibrage de cette organisation du travail vers une organisation des agents. Il s’agit ici d’un glissement de l’organisation centrée autour du produit vers une organisation construite autour de celui qui produit.

Pour les mêmes raisons qu’une maison ne peut être construite sur des fondations d’argile, nous allons d’abord déconstruire une idée reçue qui empêche la bonne compréhension de l’ethos du leader. Il s’agit de démontrer dans un premier temps que la conception du charisme comme caractère absolument déterminé et réservé à une minorité d’élus est fausse.

Origine et développement du charisme

«Nous appellerons charisme la qualité extraordinaire (à l’origine déterminée de façon magique tant chez les prophètes et les sages, thérapeutes ou juristes, que les chefs des peuples chasseurs et les héros guerriers) d’un personnage qui est considéré comme doué de forces et de qualités surnaturelles ou surhumaines, ou au moins spécifiquement extra-quotidiennes qui ne sont pas accessibles à tous, ou comme envoyé par Dieu, ou comme exemplaire, et qui pour cette raison est considéré comme chef. »

te%CC%81le%CC%81chargement-4-4.jpegCes lignes ont été écrites par Max Weber, économiste et sociologue fondamental qui a analysé le capitalisme de ses origines au 16e siècle à son avènement avec la Révolution industrielle. Max Weber explique que l’essor du capitalisme est en grande partie lié à la pensée protestante calviniste, fondée elle-même sur l’idée que le succès économique individuel était un marquant de la reconnaissance divine. Cette idée, qui s’est par la suite largement diffusée aux Etats-Unis par les migrations de WASP (white anglosaxon protestant), constitue ainsi les fondements de la culture américaine, notamment de son évolution en un concept : celui du rêve américain. L’idée reçue selon laquelle le charisme serait un facteur inné vient donc des origines mêmes du capitalisme que nous connaissons. Or dans un système dont l’une des évolutions potentielles est le monopole – dérive qui doit être contenue par des lois normatives (lois anti-trust et droit de la concurrence) – on comprend aisément la tentation de faire croire que la capacité à diriger, à inspirer et à mettre en œuvre n’est pas accessible à tous. En effet, cela permet de décourager les volontés pour l’entrepreneuriat et donc la concurrence sur le marché.

Au-delà de ce constat, le concept de « leader charismatique » est aujourd’hui repris régulièrement par des formateurs vendant un produit qui permettrait d’accéder au cercle des élus. Le charisme, cette caractéristique transcendante à la manière d’une poudre magique, est donc devenu un produit marketing.

Le charisme n’existe pas (ou presque)

te%CC%81le%CC%81chargement-5-3.jpegSelon les descriptions de l’époque, avant que Napoléon Bonaparte ne commence à être célèbre, il était décrit comme petit, froid et introverti. A l’école, il était raillé comme le petit Corse avec un accent italien et, jusqu’à son ascension au rang de général, il fut notamment connu pour sa timidité et son physique en apparence faible. C’est pourtant la même personne qui, après le chaos de la Révolution, a mis l’Europe des puissants monarques à genoux. C’est la même personne qui, des années plus tard, suscita une admiration sans borne pour son génie militaire et qui engendra une génération de jeunes hommes admiratifs, et nostalgiques de ne pas avoir vécu à son époque. Notons enfin que Napoléon reçut en noces l’une des femmes les plus désirées de l’époque en raison de sa grande beauté.

te%CC%81le%CC%81chargement-7-1.jpegAbraham Lincoln était décrit comme plutôt grand, maigre, taiseux et austère. Aucune description datant d’avant sa célébrité ne mentionne une aura ou une capacité particulière à guider les autres. Abraham Lincoln était même l’objet de la moquerie de ses confrères avocats, en raison de son aspect revêche. Il est pourtant passé, au fil des années, du statut d’avocat à celui du plus jeune président des Etats-Unis.

Il serait vain de questionner le leadership de chacun des grands personnages historiques que nous venons de présenter. En revanche, l’examen de leur personnalité, en particulier au cours de leur enfance, nous montre que rien ne pouvait laisser présager une quelconque prédestination divine à diriger des peuples entiers. Comment s’explique alors ce charisme dont témoignent tant de leurs contemporains les ayant côtoyés au sommet de leur ascension ?

La première constatation importante qui apparaît lorsque l’on étudie la jeunesse de ces figures historiques est leur caractère profondément autodidacte. La légende de Napoléon s’est forgée dans la bibliothèque du collège de Brienne. Des témoignages rapportent qu’il y passait la plupart de ses pauses et de son temps libre à lire les Vies parallèles des hommes illustres de Plutarque ainsi que les récits des guerres puniques. C’est donc très jeune et de façon autodidacte qu’il aurait forgé son exceptionnel sens tactique.

La seconde considération que l’on peut dégager est que, dans chacun de ces exemples, ces leaders ont été portés au pouvoir contre un establishment. Il ont donc ont été amenés à lutter contre les vents contraires de régimes ou de lobbys cherchant à défendre leur pouvoir. Cette lutte de longue haleine (Nelson Mandela a passé vingt-sept ans en prison avant de pouvoir mettre fin à l’Apartheid) témoigne d’une détermination sans faille ainsi que de talent. Dans chacune de ces situations, la détermination est un pré-requis à l’accomplissement et non une conséquence. La détermination est plus importante que le talent, car la première peut engendrer le second, l’inverse étant rarement le cas.

images-2-2.jpegOn peut dire que dans leur volonté d’apprendre seuls en dehors des sentiers de la connaissance communément battus par leurs contemporains, tous ces personnages ont témoigné d’un caractère profondément anticonformiste. Ce caractère poussant à étudier un problème par des moyens non conventionnels est intimement lié à celui de la détermination. C’est leur détermination qui a permis à ces hommes de se dédier à un projet sur plusieurs années, dans des combats qui se sont la plupart du temps engagés de manière déséquilibrée et à leur désavantage. Le charisme issu des descriptions historiques de ces personnages devient alors un jugement sur les accomplissements, dont on imagine qu’ils présupposent une aura magique. Le charisme est une représentation sociale que l’on attribue à une personne après le constat de ses réalisations, et non pas avant lorsque l’on observe les «qualités naturelles» d’un leader considéré dans sa relation à son environnement. Il s’agit moins d’un pouvoir magique que d’une représentation, puisqu’entre la personnalité du Napoléon de Brienne et celui d’Austerlitz, il n’y a que peu de différences. Or pour une même personnalité, on note une très nette différence dans l’appréciation du charisme de l’individu.

Ce rapide examen nous permet donc d’invalider par la méthode du contre-exemple la fausse croyance en un charisme en tant que pouvoir magique. En effet, le charisme est avant tout la projection de qualités sur un sujet, que nous faisons sur la base de ses réalisations. Le terme de « leader charismatique » est un terme marketing créé pour répondre à un besoin, justifiant par là un système qui doit sans cesse renouveler son offre de formation auprès des entreprises. Cette étude invalide aussi la conception du « leader inné ». Les capacités supposées innées d’un leader ne sont en réalité qu’un acquis qui s’ignore, parfois formé pendant l’enfance grâce au modèle de quelqu’un ou d’un contexte particulier présent dans l’environnement du sujet, qui le prédispose à être un leader sans qu’il en ait conscience. Au-delà d’une aisance et d’une assurance personnelles que l’on acquiert à force de côtoyer la réalité de certaines situations, le charisme est avant tout la représentation que l’on se fait d’une infériorité, qu’elle soit politique, religieuse ou sociale, entre l’individu et le sujet qu’il observe.

Cet article de blog traite du charisme et n'est qu'une introduction du livre présenté ci-dessous et comprenant une analyse complète du Leadership.

 

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Extrait du titre Leadersip, Manuel de combat
De Pichol Thievend 
Collection Economie et Management
Publié aux Presses Polytechniques et Universitaires Romandes (PPUR)

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