28/06/2017

Dessiner, ça s'apprend !

images (2).jpegSi nous sommes tous capables d’apprendre à lire et à écrire, nous sommes également tous d’excellents dessinateurs en devenir! Le dessin nous enseigne à représenter le monde tel que nous le voyons ou que nous l’imaginons, il nous permet de projeter les objets et le monde à venir, il cultive surtout notre créativité propre qui est à la fois une disposition essentielle au dessin et un acte de liberté. Le dessin, qu’il soit libre ou assisté, est toujours le produit d’une pensée autonome.


Dessiner, une définition

Dessiner, c’est pratiquer la langue des formes qui, associée à celles des mots, des nombres et des sons, constituent le langage humain.

images.jpegLaisser du temps pour répondre à la question « savez-vous dessiner ? » amène immanquablement à préciser la question. Les hésitations des réponses font comprendre qu’il n’y a pas qu’une seule et juste définition du dessin, mais de nombreuses et parfois très personnelles, dont le vocabulaire s’appuie sur une gamme de nuances aussi riches que le permet en bonne analogie un crayon graphite.

La consultation d’un dictionnaire des synonymes transforme ce constat en évidence. On y retrouve par exemple 63 mots de sens apparenté pour le mot art, 24 pour le même mot au pluriel, et 90 pour le mot dessin, parmi lesquels: conception, contour, dessein, ébauche, graphique, gravure, image, projet, relevé et représentation. Autant dire que ces mots peuvent recouvrir des interprétations multiples.

Cette plasticité ou « élasticité » des mots, qui fait leur richesse, est un élément dont il faut tenir compte dans l’établissement d’une définition actualisée du dessin. Ce n’est pas le seul : il faut aussi énumérer les conditions nécessaires pour obtenir un résultat exploitable en un temps raisonnable.

Le dessin et la pratique, un mariage obligatoire

téléchargement (1).jpegAvant de répondre à la question «savez-vous dessiner?» la majorité des gens cherchent à se remémorer les dessins qu’ils ont eux-mêmes réalisés; les réponses nécessitent peu de connaissances théoriques mais sont avant tout fonction des capacités pratiques de chacun.

Quiconque doit apprendre une langue (qu’elle soit maternelle ou étrangère) se rend vite compte que sans exercices il est vain d’espérer pouvoir la maîtriser. Pour l’enseigner, il faut donc aussi exercer la langue des formes en pratiquant le dessin, développer une maîtrise susceptible de répondre pertinemment aux questions des élèves, et acquérir l’aisance nécessaire pour pouvoir inventer ses propres solutions.

Pour apprendre à dessiner, il est utile de commencer par des exercices d’échauffement et de répéter, au moyen d’un simple crayon, le dessin de lignes horizontales, verticales et diagonales; pour parvenir à des tracés de plus en plus précis et contrôlés, jusqu’à sentir une légère fatigue physique. Il faut dessiner les signes propres à la langue des formes que sont le cercle, le triangle et le carré, et créer en les combinant les formes plus complexes qui constitueront l’équivalent d’une syntaxe de l’image.

Parallèlement, il faut apprendre à représenter les objets avec un effet de volume. Aujourd’hui, il existe trois conventions possibles :

téléchargement.pngLa première se nomme projection orthogonale : elle représente les objets, les êtres humains, les architectures et les paysages, vus de face, de dessus ou de côté sans déformations ; comme dans nos premiers dessins d’enfant ou ceux des architectes et des designers notamment.

La deuxième convention que l’on nomme perspective parallèle : les objets sont alors représentés vus sous plusieurs faces au moyen de lignes fuyantes qui ne convergent pas mais restent parallèles deux à deux.

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Cette troisième convention est appelée perspective conique : les objets sont représentés avec des lignes de fuite convergentes en un, deux ou trois points.

Si les trois conventions ci-dessus sont des perspectives faites d’une somme de lignes (dites linéaires), il existe encore au moins deux autres manières de rendre le volume qui font appel aux dégradés des surfaces. Il s’agit de la perspective des ombres (un dégradé du foncé au clair transforme un carré en cylindre) et de la perspective atmosphérique (qui reproduit artificiellement les distances entre objets que notre vision perçoit naturellement).

Acuité visuel et observation de notre monde

L’observation de la réalité permet de s’exercer au rendu d’un volume en perspective, de comprendre et d’appliquer les mécanismes de la perspective des ombres et les subtilités de la perspective atmosphérique. Cet apprentissage est ensuite transposable au design d’objets qui n’existent pas encore, donc qui n’ont pas encore été vus.

Le corps enseignant peut en tout temps utiliser le potentiel graphique de la perspective des ombres et de la perspective atmosphérique, mais pour introduire le concept et la pratique de la perspective conique.

téléchargement.jpegLorsque l’on fixe intensément une forme de couleur rouge bien éclairée et que l’on intercale rapidement à cette vision une feuille blanche, on voit apparaître la même forme de couleur verte. Notre système visuel substitue à la couleur disparue sa complémentaire. Une couleur est complémentaire de celle qui se trouve à l’opposé sur le cercle dit chromatique. Les couleurs qui résultent d’un fractionnement de la lumière blanche sont des longueurs d’onde. Le spectre de la lumière visible a deux extrémités: le violet (nous ne voyons pas les ultras violets qui sont dommageables à la vue et à la peau) et le rouge (nous ne voyons pas les infrarouges mais les ressentons sous forme de chaleur). Le cercle chromatique fait de ce continuum un ensemble fini réduit à trois couleurs dites primaires (le jaune, le rouge et le bleu) et trois dites secondaires résultant de leurs mélanges deux à deux (l’orange, le violet et le vert); ce cercle est donc utile pour définir la couleur (primaire ou secondaire) et surtout pour trouver la complémentaire de n’importe quelle autre couleur ; par exemple une couleur composée de 50% d’orange et 50% de jaune aura comme complémentaire une couleur composée de 50% de violet et 50% de bleu.

Habilité manuelle

La majorité des gens pensent plutôt à un travail d’ordre manuel quand on leur parle de dessin. Et c’est toujours vrai, quelles que soient les techniques de dessin utilisées: un crayon, un stylo, un pinceau, un burin ou une souris d’ordinateur sont encore et toujours actionnés par la main.

Il existe une manière optimale de manipuler chaque outil de dessin ; bien entendu des exercices d’échauffement, de souplesse et de dextérité sont nécessaires pour arriver à bien dessiner, longtemps et sans fatigue.

Une image peut en cacher une autre

Les images recouvrent toujours plusieurs sens : prenons l’exemple de ces autocollants disposés sur le coffre arrière des voitures où est représenté en deux lignes sinueuses le motif d’un poisson;c’est un simple poisson que verront la plupart des gens;d’autres reconnaîtront un signe de ralliement ; d’autres encore feront référence à la parabole de la multiplication des pains et des poissons, ou encore se remémoreront que le mot grec qui signifie poisson est l’acronyme de Jésus-Christ, fils de Dieu, est le sauveur.

Les images les plus anonymes comme les plus célèbres véhiculent toujours plusieurs sens : la charge autobiographique des dessins d’enfants, qui peuvent dessiner un arbre en guise d’autoportraits, est bien connue; une des photographies de Che Guevara mort est directement inspirée du Christ peint par Andréa Mantegna. Les images sont par essence polysémiques.

978-2-88915-206-3.jpgOui, dessiner peut s’enseigner, à condition d’en maîtriser soi-même les principes. Destiné à tous ceux intéressés par le dessin, sa pratique et son enseignement, cet ouvrage propose 7 pistes essentielles pour développer une méthode d’enseignement à la fois didactique et performante. Avec ses séquences pédagogiques adaptées à différentes classes d’âge, ce petit guide donne aux enseignants (spécialisés et généralistes) les outils nécessaires pour maîtriser les conventions de représentation et les transmettre à leurs élèves. Ce livre cherche à valoriser la discipline du dessin habituellement déclassée dans l’enseignement obligatoire. Il est accompagné de trois courts-métrages décrivant les procédés de dessin et d’estampe que sont la linogravure, la pointe sèche et la lithographie.

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