01/09/2013

Ecologie, gestion, aménagement et valorisation

Les mares et étangs sont des écosystèmes naturels ou artificiels particulièrement abondants dans notre paysage: on en dénombrerait plus de 32000 en Suisse et près de 1 million en France. Leur grande importance a été démontrée sur les trois plans écologique, social et économique. Ainsi les petits plans d’eau hébergent une grande biodiversité (nombre d’espèces élevé, présence d’espèces menacées), souvent plus importante que celle des autres milieux aquatiques (rivières, fleuves, canaux, lacs).


 

De plus, au niveau mondial, les 300 millions d’étangs existants jouent un rôle essentiel dans la dynamique des éléments chimiques.

La grande diversité de ces petits milieux aquatiques est aussi directement liée à une grande diversité d’usage d’une haute importance sociale et économique (tourisme, loisirs, productivité piscicole et agricole, industrie, éducation à l’environnement, etc.). ainsi une multitude d’acteurs professionnels sont directement concernés par les mares et étangs (gestionnaires de l’environnement, milieu agricole, paysagistes, etc.), auxquels s’ajoute le monde de l’éducation (enseignement primaire, secondaire et universitaire) et même le grand public amateur de nature (et parfois propriétaire de mares de jardin).

L’origine des mares et étangs peut être naturelle ou liée aux activités humaines.

Ces activités humaines, ou « usages », sont parfois aujourd’hui abandonnées, et le milieu peut alors avoir un aspect identique à un milieu naturel.

• Origines naturelles :

– retrait des glaciers (cuvettes), passé (il y a 4000 à 10 000 ans) ou actuel (en altitude) ;

– dynamique des fleuves (méandres, anciens bras…) ;

– dolines (dissolution, effondrement ou tassement) ;

– glissement de terrain ;

– perturbations ponctuelles (chute d’arbres, activités de la faune sauvage ou domestique…) ;

– érosion par l’eau  ou le vent (cf. dunes littorales) ;

– volcanisme (coulées volcaniques faisant barrage, cratères, « maars ») ;

– etc.

• Origines anthropiques (passées ou présentes), liées aux usages:

– réserve d’eau : protection contre les incendies, abreuvement d’animaux,irrigation, nettoyage (domestique ou agricole) ;

– extraction de marnes, d’argiles, de roches volcaniques, de gravier, de minerais ;

– activités militaires (bombes, obus, grenades) ;

– régularisation hydrique ;

– épuration des eaux ;

– production de poissons ;

– loisirs (pêche, chasse, baignade, batellerie, sports de glace, etc.) ;

– aménagements paysagers ;

– milieux naturels (pédagogie, conservation de la nature) ;

– etc.

DES MILIEUX EN VOIE DE RARÉFACTION

Le nombre de mares et d’étangs a diminué drastiquement

En France, en Suisse et dans la plupart des pays d’Europe occidentale, le même inquiétant constat a été établi : le nombre de mares et d’étangs a diminué drastiquement au cours de ces dernières décennies. Ce phénomène concerne tout particulièrement les plus petits milieux, alors que certains types de grands plans d’eau se multiplient dans des régions données. Le nombre de disparitions de mares et d’étangs reste néanmoins largement supérieur à celui de créations de nouveaux plans d’eau.

Selon les pays, les proportions de diminution du nombre de mares et d’étangs varient entre 50 et 90% (EPCN, 2010), ce qui traduit bien l’ampleur du phénomène. De plus, les plans d’eau subsistants sont souvent fortement dégradés, notamment par la pollution des eaux (nutriments, pesticides), par la perte de connectivité avec les autres plans d’eau, ou encore par la présence d’espèces envahissantes ou sources de nuisances.

La disparition des mares et des étangs est fortement liée aux changements des activités anthropiques et de l’occupation du sol : durant les XIXe et XX e siècles, beaucoup de zones humides (et mares et étangs) ont été drainées et remplacées par des zones urbaines (habitations, industries, infrastructures routières) ou agricoles. De plus, l’atterrissement des petits plans d’eau (d’origine naturelle ou anthropique) a conduit à la transformation en milieu terrestre de beaucoup d’entre eux; ce processus naturel a été fortement accéléré par les activités anthropiques, notamment par l’usage d’engrais sur leurs bassins versants.

En parallèle à la disparition des étangs, les processus de création de nouvelles étendues d’eau, qu’elles soient naturelles ou anthropiques, ont fortement diminué. Les fleuves et cours d’eau sont aujourd’hui en grande partie domestiqués et leur activité ne génère que peu de nouvelles annexes fluviales. Beaucoup d’activités traditionnelles à l’origine de créations de mares et étangs ou de leur entretien ont aujourd’hui été abandonnées. Les mares étaient, par exemple, très rependues dans les paysages agricoles, utilisées pour l’abreuvement, pour la protection contre les incendies ou pour la production de poissons ; ce type de mare est aujourd’hui en raréfaction.

De nouveaux types de mares et d’étangs dans le paysage

La diminution globale du nombre de mares et d’étangs n’affecte néanmoins pas tous les types de milieux. De nouveaux processus de création de plans d’eau caractérisent le début du XX Ie siècle. Beaucoup de ceux-ci conduisent à la création de types de milieux très artificialisés et revêtent un potentiel écologique faible : c’est le cas des retenues d’eau en milieu alpin, destinées à l’alimentation

hivernale des canons à neige, des bassins de recueillement des eaux de ruissellements, répartis régulièrement le long des autoroutes, ou encore des retenues sur cours d’eau, destinées à l’irrigation.

Ces retenues sont peu diversifiées et monotones, souvent sans végétation palustre ; de plus, elles sont la source d’importants problèmes pour les cours d’eau sur lesquelles elles ont été créées : réchauffement des eaux, désoxygénation, rupture de la connectivité longitudinale. Ce n’est toutefois pas le cas des carrières en eau qui révèlent un potentiel écologique très grand dans notre paysage du XX Ie siècle. Les carrières sont des lieux de prélèvements de matériaux issus de la croûte terrestre et destinés aux aménagements anthropiques (bâtiments, voies de communication). Les carrières situées à proximité de nappes phréatiques (notamment dans les zones alluviales) constituent des hydrosystèmes, d’origine totalement artificielle.

 

Ces milieux, s’ils sont réaménagés, restaurés et gérés correctement, offrent une opportunité à la biodiversité. D’autres actions de création de mares et d’étangs sont aujourd’hui directement motivées par la renaturation à des fins pédagogiques ou de conservation de la nature. Ces actions concernent notamment la restauration de milieux drainés ou dégradés durant les XIXe et XX e siècles; il en résulte alors des mares ou étangs « naturels », avec souvent une valeur patrimoniale intéressante en ce qui concerne la biodiversité.

> Pour en savoir plus

Extrait du titre  Mares et étangs

de Beat Oertli et Pierre-André Frossard

Publié aux Presses polytechniques et universitaires romandes

Les commentaires sont fermés.