23/08/2013

Conception et réalisation de bardages en bois

Parmi les modes de construction qui ont eu cours au fil de l’histoire, peu sont encore applicables tels quels. De même que l’industrie automobile n’a plus rien à apprendre des expériences accumulées pendant des siècles par les constructeurs de diligences, de même nous réjouissons-nous, gens du bâtiment, que le progrès technologique existe.

 

 

Cependant, si peu de mode de construction traditionnels sont encore en usage, il y a des exceptions. Ainsi cela fait-il environ 700 ans qu’a été inventée la scie à châssis, et que l’on réalise, avec les lames qu’elle découpe, des bardages rapportés.


Depuis, les choses n’ont au fond pas beaucoup changé : les techniques de découpe et de rabotage modernes ont certes permis de perfectionner profils, stabilité dimensionnelle et fixation des éléments de façade, mais elles ne les ont pas radicalement transformés. Les bardages se composent toujours d’un module de base, la lame, et d’un organe de fixation, le clou, souvent remplacé aujourd’hui par la vis ou l’agrafe.

Les bardages en bois sont toujours adaptés à notre époque et continuent d’offrir tout ce qui fait un bon revêtement de façade : ils ne consomment pas plus de matière qu’il n’en faut, résistent aux intempéries pendant un laps de temps raisonnable, permettent de nombreuses variations formelles, sont relativement faciles à poser et à remplacer et, dans le meilleur des cas, peuvent être brûlés ou recyclés après usage. Ils ne sont certes pas aussi durables que les parements en brique, mais se révèlent en revanche bien plus économiques et plus faciles à réaliser et à modifier.

La durabilité limitée des bardages en bois est souvent invoquée en leur défaveur. Mais pour combien de temps construisons-nous aujourd’hui ? Cent, cinquante ou vingt ans ? Sans doute plutôt vingt. Un tel horizon temporel pourra déconcerter certains maîtres d’ouvrage – d’autant qu’après ce laps de temps, nombre de bâtiments ne sont pas encore amortis. Et c’est bien là que réside le problème.

Si l’on admet qu’un bardage en bois coûte deux fois moins cher qu’un parement en brique et tous les éléments qu’il requiert (encadrements de portes et de fenêtres, linteaux, soubassement, etc.), on s’aperçoit que, si l’on plaçait l’argent ainsi économisé à un taux d’intérêt fixe de 4%, on pourrait s’offrir un nouveau bardage après 18 ans déjà – et même après 15 avec un taux de 5%. Et si l’on tient compte du crédit qu’il faut dans la plupart des cas honorer, l’échéance se réduit encore de deux à trois ans.

Lorsqu’on sait qu’il y a vingt ans, un mur extérieur laissait passer environ deux fois et demie plus de chaleur qu’aujourd’hui, on mesure à quel point les façades en brique érigées à l’époque isolaient mal. Or, quelles sont les    solutions envisageables ? Les     démolir ? Ou continuer de gaspiller de l’énergie? Aucune de ces options ne paraît satisfaisante. Dans le cas d’une façade en bois, en revanche, il suffit de dévisser le bardage, de poser une meilleure isolation et de remettre les lames en place, après les avoir peut-être rafraîchies. Le chapitre 8 montre comment procéder. Car, en plus, on peut effectuer un tel travail soi-même : il faut assez peu d’outils et des échafaudages agréés peuvent se louer partout (en Allemagne à partir de 6 €/m2 pour quatre semaines).

Le problème est dans les têtes. Si la construction a toujours été marquée par l’état de l’art et de la technique, les technologies en matière de matériaux et de montage tendent aujourd’hui à supplanter le savoir-faire artisanal. De fait, les profanes expérimentés sont aujourd’hui en mesure d’exécuter eux-mêmes des travaux qui restaient, il y a encore vingt ans, l’apanage d’artisans qualifiés. Pour poser un bardage en bois, il suffit d’une bonne scie à onglet, d’une perceuse, d’une visseuse électrique, d’un mètre pliant et d’un niveau à bulle.

Dans la construction de façades, l’enjeu n’est pas de coller aux dernières extravagances à la mode mais d’obtenir une enveloppe énergétiquement efficace. Au cours des dernières décennies, les systèmes n’ont cessé d’être perfectionnés, et les progrès technologiques se poursuivront, même si ce n’est plus de façon aussi fulgurante. La demi-vie des enveloppes est donc appelée à se réduire. Les améliorations porteront surtout sur l’isolation, sauf au niveau des façades sud, où les installations solaires passives – capteurs à air et autres systèmes d’isolation thermique transparente – fourniront, en combinaison avec des surfaces à haute transparence, une contribution efficace à la production d’énergie. Sur toutes les autres façades, les parois à haut niveau d’isolation seront revêtues de matériaux légers, économiques et faciles à mettre en œuvre – dont le bois sous toutes ses formes.

Mais trêve d’apologie. Les bardages en bois requièrent simplement une autre approche que les parements en brique ou les crépis.

Bien entendu, la question de leur durabilité et de leur entretien se pose – et heureusement. Qu’on s’imagine seulement brûler d’un cœur léger son bardage vieux de dix ans pour revêtir sa maison d’un nouvel habit sur mesure, qui corresponde aux derniers progrès technologiques et confère au bâtiment une fraîcheur nouvelle !

L’auteur de ces lignes parle d’expérience. Il n’est pas question de préconiser la construction de maisons prêtes à jeter, mais bien de promouvoir une utilisation durable des ressources, en tenant compte des technologies et modes de vie actuels.

Encore faut-il cependant raisonner à une échelle de temps adéquate. Même si un matériau donné dure plus de vingt ans, sa fonctionnalité devient sujette à caution dès qu’il entrave le progrès technique. Est-il par exemple justifié d’attribuer à une façade en brique un facteur d’énergie primaire moins élevé sous prétexte que sa durée de vie est de 100 à 150 ans ? Ne devrait-on pas plutôt lui assigner, à partir du moment où des progrès sont réalisés en matière d’isolation thermique, un facteur de contribution au gaspillage d’énergie ?

Si l’on réfléchit en ces termes, les façades en bois se révèlent très intéressantes. Ainsi un bardage en bois non traité, que l’on pourra sans problème brûler après vingt ans, peut-il être considéré comme une véritable réserve de bois de chauffage, qui ne consomme d’énergie que celle – négligeable si on la rapporte à la durée d’utilisation du matériau – nécessaire au sciage et au rabotage des lames.

Dans ces conditions, votre maison pourra changer de (re)vêtement en toute bonne conscience.

Evolution historique des façades en bois

Jusqu’à l’invention du chemin de fer, on était contraint de collecter, extraire et transformer les matériaux de construction sur place. Le transport longue distance était réservé aux marchandises de luxe comme les épices.


De fait, les styles de construction régionaux étaient dans une large mesure déterminés par les matériaux disponibles localement: la pierre naturelle au Tessin, l’ardoise dans le Hunsrück et le Sauerland, le chaume et le roseau dans les régions côtières allemandes, la terre glaise – sous sa forme cuite: la brique – dans tout le nord de l’Allemagne, et le bois – d’abord fendu, puis scié – dans de nombreuses régions du monde. Matière aux multiples facettes, le bois peut travailler aussi bien en compression qu’en traction, ce qui en fait le seul matériau avec lequel puissent être réalisés tous les éléments d’un bâtiment, des parois aux toitures, en passant par les planchers et les revêtements de sol.

Autrefois, la réalisation de façades en bois était intimement liée à l’utilisation du bois comme matériau de structure. Toutes les constructions en bois étaient dotées de façades elles aussi en bois. Aujourd’hui, cette interdépendance n’existe plus: certains bâtiments en bois sont dotés de parements de brique, tandis que d’autres, en construction massive, sont revêtus de bardages en bois ou en panneaux dérivés du bois.

Parmi les régions d’Europe où la construction en bois connaît une longue tradition, deux se distinguent tout particulièrement: la Scandinavie et l’espace alpin. Comme la forêt occupe parfois plus de la moitié de ces territoires, le matériau y pousse littéralement – statistiquement parlant – sur les terrains à bâtir.

On observe néanmoins une différence fondamentale dans la manière de traiter la surface du bois: alors que dans les pays scandinaves, on recourt en général à un revêtement superficiel coloré – comme le si caractéristique rouge à base de sang de bœuf et de chaux –, en effet, le rayonnement solaire se révèle – surtout durant les mois d’hiver – bien moindre que dans les Alpes, de sorte que le bois ne sèche pas de lui-même et doit, pour durer quelque temps, être recouvert d’une couche protectrice.

Sans doute cela explique-t-il d’ailleurs aussi l’évolution selon laquelle les façades en bois sont en constant recul en Scandinavie, alors qu’elles ne cessent d’être perfectionnées dans les régions septentrionales de l’Arc alpin. C’est qu’il n’existe toujours aucun produit d’imprégnation capable de protéger durablement les bardages peints.n trouve souvent dans les régions alpines, tout comme dans les pays d’Europe de l’Est, des bardages nature qu’on laisse grisailler avec le temps. Peut-être cette différence est-elle due au climat. En Scandinavie, en effet, le rayonnement solaire se révèle – surtout durant les mois d’hiver – bien moindre que dans les Alpes, de sorte que le bois ne sèche pas de lui-même et doit, pour durer quelque temps, être recouvert d’une couche protectrice.

Sans doute cela explique-t-il d’ailleurs aussi l’évolution selon laquelle les façades en bois sont en constant recul en Scandinavie, alors qu’elles ne cessent d’être perfectionnées dans les régions septentrionales de l’Arc alpin. C’est qu’il n’existe toujours aucun produit d’imprégnation capable de protéger durablement les bardages peints.

Bardeaux

Les plus anciennes façades en bardeaux de bois connues datent d’environ 6000 ans. Ainsi des restes de plaquettes de hêtre de cette époque ont-ils été retrouvés en Haute-Souabe. Les bardeaux connaissent aussi une longue tradition en Chine, au Japon et en Asie du Sud-Est, où subsistent encore de nombreux palais revêtus d’écailles de teck posées voici des siècles.

Ce n’est qu’au XIXe siècle que les clous, jusque-là forgés à la main, commencèrent d’être produits industriellement par façonnage à froid de fils de fer. Cela rendit la réalisation de revêtements de planches et de bardeaux bien plus facile et économique. A partir de cette époque se développèrent, dans différentes régions, de nouvelles traditions constructives où les bardeaux étaient mis en œuvre, tantôt à des fins décoratives (p. ex. bardeaux arrondis dans l’Allgäu, le Vorarlberg, la Suisse orientale, la Forêt-Noire et la Haute-Hesse), tantôt à des fins purement pratiques, sous forme de simples plaquettes rectangulaires.

Longtemps, les bardeaux furent aussi utilisés comme couverture. Les toits et façades en bardeaux étaient jadis ceux des pauvres gens. Dans bien des régions, le bois était disponible en abondance et fendre les billes à la hache représentait, en hiver, une activité relativement facile, qui changeait agréablement des rudes travaux qu’on accomplissait le reste de l’année. Au Moyen Age, le bardeau de bois était, avec le chaume et le roseau, le matériau de couverture le plus répandu. Comme la densité croissante des villes causait toutefois des incendies toujours plus dévastateurs, ces matériaux furent peu à peu supplantés, à partir du XVIe siècle, par la tuile de terre cuite, que l’on savait désormais fabriquer. Au début du XXe siècle, les couvertures en bardeaux perdirent pratiquement tout intérêt économique.

Dans les régions rurales et relativement pauvres comme la Forêt-Noire, l’Allgäu, la Forêt bavaroise ou l’Odenwald, la tradition des bardeaux s’est maintenue jusqu’à aujourd’hui.

La renaissance des façades en bois

Après la Seconde Guerre mondiale, les façades furent encore plus rarement construites en bois. D’une part on préférait, en effet, employer des matériaux durables et nécessitant peu d’entretien – sans compter que la brique était plus apte à exprimer le prestige auquel aspirait la bourgeoisie. D’autre part, la densité croissante des constructions et les étincelles produites par le chauffage à poêle augmentaient les risques d’incendie. Et comme ce n’est que vers la fin du XXe siècle que les assurances incendie se montrèrent prêtes à fixer, pour les bâtiments à façades en bois, des primes comparables à celles liées aux édifices à façades massives, les premiers restèrent longtemps très marginaux – à l’exception des bâtiments agricoles qui, pour des raisons évidentes, avaient toujours été construits en bois.

 

Il fallut attendre le mouvement écologiste des années 1980 pour que les façades en bois connaissent une renaissance, sous la forme de constructions à ossature bois et d’enveloppes énergétiquement efficaces. Les concepts traditionnels furent remis en question et de nouvelles manières de construire furent développées pour répondre aux exigences du développement durable. Dans ce contexte, les bardages en mélèze non traité ne jouèrent certes qu’un rôle modeste, mais ils devinrent vite le symbole d’une construction respectueuse de l’environnement.

 

Plaidaient en faveur des façades en bois plutôt qu’en brique leur fonctionnalité, leur moindre coût, la prise en compte délibérée du vieillissement, la biodégradabilité du matériau et l’abandon des ambitions traditionnelles en matière d’autoreprésentation. Les bâtiments qui en ont résulté ne sont pas tous des chefs d’œuvre, beaucoup étant aujourd’hui qualifiés d’«architecture écolo». On souhaiterait cependant souvent retrouver la passion et l’esprit pionnier qui animaient cette génération de maîtres d’ouvrage et d’architectes! Le changement social dont ces maisons reflètent l’espoir, ne s’est hélas pas accompli.

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Extrait du titre  Bardages en bois de Ingo Gabriel

Publié aux Presses polytechniques et universitaires romandes

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