22/10/2012

Climat, environnement et genre humain

> TSR – L’interview de Martin Beniston

5277274-the-time-is-now-to-act-on-a-distress-s-o-s-call-from-our-planet-earth.jpgLe changement climatique et plus spécifiquement la notion de réchauffement global est un thème de préoccupation scientifique entré dans le domaine de la conscience publique au début des années 1990. La sévérité des impacts potentiels de ce changement, en particulier dans les pays en voie de développement, a incité les gouvernements à lancer des actions internationales pour aborder ce problème. La Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques (uNFCCC) a été négociée en 1992 lors de la Conférence de Nations unies sur l’Environnement et le Développement (uNCED, rio de Janeiro, Brésil) malgré le grand nombre d’incertitudes, inhérentes à la connaissance à cette époque des mécanismes complexes gérant le climat. Bien que les rencontres internationales ultérieures visant à mettre en œuvre les articles de la Convention cadre (uNFCCC) n’aient fait que de très lents progrès, comme par exemple le protocole de Kyoto de 1997 proposant un calendrier pour la réduction des émissions des gaz à effet de serre, il existe néanmoins un degré de prise de conscience sans précédent au sein de la communauté des Nations sur le fait que le changement climatique est un véritable problème aux conséquences d’une portée considérable sur les systèmes environnementaux et socio-économiques.


Réaliser que l’être humain doit se soucier du seul élément de survie que la terre et son environnement lui offrent découle peut-être en partie du fait que, jusqu’à très récemment, l’évolution du genre humain dépendait largement de la qualité de l’environnement et de ses ressources en termes d’eau, d’alimentation et de conditions favorables à la santé. C’est encore le cas aujourd’hui, en dépit du niveau technologique atteint et des capacités d’adaptation face aux différents environnements, souvent hostiles, en de nombreuses régions du monde.

Ainsi, il semble judicieux de commencer ici par un court survol de la relation qui unit le genre humain à son environnement dans le but de le situer au centre des limites des conditions environnementales et climatiques présentes et à venir. Un accent particulier est mis dans le premier chapitre sur les migrations de population en tant qu’indicateur potentiel du seuil environnemental critique limitant la capacité des communautés humaines à demeurer dans leurs régions habituelles.

Les activités humaines transforment l’environnement global dans la plupart des régions du monde. Face aux changements de l’environnement planétaire, de nombreux écosystèmes deviennent vulnérables à l’émergence, à l’invasion et la propagation d’espèces opportunistes. Soumis à de nombreux stress, l’environnement naturel voit ses capacités de résistance et de régénérescence diminuer. Il est généralement admis que les échelles de temps associées aux changements environnementaux sont longues, permettant à la nature perturbée de retrouver un nouvel équilibre sinon son état original. Des bouleversements environnementaux se sont produits dans le passé, accompagnés d’extinctions d’espèces, pourtant la planète a survécu et l’évolution s’est poursuivie. Cependant, il est maintenant prévisible que les pressions liées aux activités humaines accélèrent le changement et que de nombreux écosystèmes n’auront pas le temps de s’y adapter. Selon myers et tickel (2001), il y a eu plus de changements dans l’environnement planétaire au cours de ces 200 dernières années qu’au cours des 2000 ans précédents, et plus de changements lors de ces 20 dernières années qu’au cours des 200 ans précédents. Le taux d’extinction d’espèces est maintenant bien au-delà du taux naturel.

Divers facteurs contribuent au changement environnemental global, dont un grand nombre sont induits par l’homme:

• changements de l’utilisation des sols,
• dégradation des sols,
• désertification,
• déforestation,
• perte de la biodiversité,
• accumulation de déchets dangereux (toxiques, chimiques et nucléaires),
• guerres,
• pollution de l’air,
• trou dans la couche d’ozone,
• changement climatique.

Nombre de ces éléments agissent en synergie, aggravant ainsi le stress environnemental. De tous les facteurs indiqués précédemment et exception faite des déchets dangereux, le changement climatique représente l’élément du changement environnemental global de plus longue durée.

beniston.jpgLes êtres humains ne subissent pas seulement directement ou indirectement les changements environnementaux, ils peuvent aussi en être le moteur même. La démographie joue souvent un rôle d’accélérateur des mécanismes de dégradation environnementale (Jolly et may, 1993; Davis et Bernstram, 1993). En de nombreuses régions du monde, il est possible d’associer une forte croissance démographique à des dégradations environnementales du fait de la surexploitation de l’environnement par les populations locales qui tentent de maintenir leur niveau de vie, voire de l’améliorer (Commoner, 1991; Pebley, 1998). Ceci s’effectue généralement sans aucune stratégie de gestion environnementale préalable et à long terme, de sorte que les ressources peuvent ainsi rapidement diminuer ou devenir inutilisables.

Grâce aux avancées technologiques, le monde industriel en particulier vit avec l’illusion que les ressources fondamentales nécessaires au maintien de la vie sont abondantes et quasi illimitées. Cependant, famine et maladie restent encore fortement répandues dans de nombreuses régions du monde en ce début du xxIe siècle et plus de 350 millions de personnes n’ont toujours pas accès à l’eau potable (uNCWr, 1998). même dans les sociétés technologiquement avancées, l’eau, la nourriture et la santé constituent la base fondamentale de la survie de l’homme. Ces éléments sont tous fortement dépendants de facteurs environnementaux tels que le climat et sont sensibles même à de faibles variations des conditions environnementales. De telles variations peuvent perturber l’équilibre délicat qui, dans certains pays, assure un haut niveau de sécurité alimentaire, de qualité et de quantité d’eau ainsi que de conditions sanitaires. Des situations environnementales et climatiques défavorables entraîneraient une sévère diminution des ressources de base, ce qui conduirait alors à un nouveau déplacement de personnes des régions affectées par la perte de ressources vers celles où les ressources sont encore en suffisance pour la population locale et pour la population migrante. De cet état de fait est née au cours de ces dernières décennies l’expression réfugiés environnementaux (Jacobson, 1988). Bien que ce terme n’appartienne pas à la nomenclature officielle des Nations unies, le haut Commissariat aux réfugiés (uNhCr, 1993) a déjà toutefois identifié, au début des années 1990, quatre causes principales à ce flux de réfugiés: l’instabilité politique, les tensions économiques, les conflits ethniques et la dégradation environnementale. Pour la première fois, un lien possible entre la qualité de l’environnement et les réfugiés a alors été tacitement admis par une instance officielle et internationale. De plus, le uNhCr a également reconnu que le nombre de personnes déplacées sur le plan international était beaucoup plus élevé que celui recensé par les statistiques officielles. En d’autres termes, les causes de migration en principe acceptées comme telles (conflits politiques et ethniques, privations économiques) ne pouvaient plus expliquer à elles seules le nombre de réfugiés recensé par le haut Commissariat. La question demeure cependant de savoir si cette différence peut s’expliquer par la part représentée par les réfugiés dits environnementaux.

Le premier chapitre d’introduction propose d’établir que les changements environnementaux et leurs impacts sur les ressources fondamentales à la survie de l’homme ont été, dans le passé déjà, un moteur important des migrations de populations. Ceci nous amène à envisager le fait qu’une accélération du changement global au cours du XXIe siècle est susceptible de conduire à des situations où, à nouveau, il serait l’initiateur de nouvelles grandes migrations. D’un autre côté, les migrations enregistrées au cours des XIXe et XXe siècles sont associées à des contextes politiques, sociaux et économiques complexes et ne sont pas seulement le fait de facteurs environnementaux défavorables. Certaines des migrations du XXe siècle peuvent cependant avoir des causes environnementales sous-jacentes, mais difficilement identifiables parmi les nombreux autres facteurs. Ces liens subtils entre causes économiques, politiques et environnementales seront certainement présents au cours des prochaines décennies, mais il se pourrait que le facteur environnemental domine à nouveau à l’avenir comme ce fut déjà le cas dans le passé.

> Pour en savoir plus

Extrait du titre Changements climatiques et impacts de Martin Beniston
Publié aux Presses polytechniques et universitaires romandes

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