07/12/2011

L’art de la sécurité

> L’interview de Maurice Cusson

6494285-people-looking-at-a-crime-scene-from-behind-the-cordon-tape-around-the-victim-a-policean-is-using-hi.jpgL’art de la sécurité, c’est l’ensemble des moyens, méthodes, pratiques et savoirs élaborés par des spécialistes des secteurs publics et privés ayant reçu pour mission de protéger et de sécuriser les personnes, les biens et les institutions. Au cours des siècles, des policiers, gendarmes et autres spécialistes de la sécurité publique ou privée ont été confrontés aux manifestations les plus variées de la criminalité. Ils ont dû y répondre, parfois au moyen d’expédients ; parfois ils ont trouvé de véritables solutions qu’ils ont transmises aux générations successives. Ainsi se constitua un bagage de savoir-faire et de principes d’action.


L’art de la sécurité s’affine grâce à la pratique ; il exige imagination, intuition, flair. Mais il ne progressera qu’à la condition de faire fond sur la connaissance des actions efficaces et des conditions de leur efficacité. Comment statuer sur cette efficacité ? En examinant les résultats de l’action. Or, en scrutant l’histoire et la criminologie expérimentale, nous découvrons des épisodes où des développements dans l’action de sécurité furent suivis d’un recul de la criminalité.

Cet art se distingue de la science d’abord par sa finalité pratique et, ensuite, par l’adaptation de l’action à des problèmes particuliers. Ceci ne veut pas dire que la science doive être exclue de l’approche. Ainsi, l’évaluation respectant les canons de la méthode expérimentale s’impose de plus en plus comme moyen de trancher sur l’efficacité des actions de sécurité.

Comme son synonyme « sûreté », le nom sécurité véhicule deux sens interdépendants. D’un côté, il signifie l’état de tranquillité de qui se croit à l’abri du danger : je me sens en sécurité ; c’est la sécurité perçue comme un résultat. L’autre sens sert à désigner les organismes et les pratiques visant à sécuriser : c’est la sécurité conçue comme un moyen. Ainsi parlons-nous de la sécurité privée.

La sécurité-moyen produit-elle de la sécurité? La question paraît saugrenue, et pourtant elle continue d’être débattue. Ainsi, de nombreux criminologues doutent fort que la police puisse réduire la criminalité. A les entendre, on croirait que les professionnels de la sécurité, à l’instar des médecins de Molière, sont inutiles, quelquefois même nuisibles. Cette position s’inscrit dans le fil de la criminologie positiviste selon laquelle l’action de sécurité ne fait pas le poids à côté des variables lourdes pesant sur les délinquants: la désorganisation familiale et communautaire, les carences parentales, les insuffisances du contrôle de soi, la personnalité criminelle, l’influence des pairs antisociaux, etc. Ces facteurs exerceraient une influence si importante sur la criminalité qu’ils ne laisseraient plus à la police d’emprise significative. Dans l’un des livres les plus influents de la criminologie américaine, A General Theory of Crime, Gottfredson et Hirschi affirment que la police ne peut pas avoir d’impact sur les délinquants: ceux-ci étant incapables de se contrôler, ils céderont à la première tentation venue et la police n’y pourra rien (p. 270).
Les raisons de douter que la police puisse avoir une quelconque influence sur la criminalité furent confortées, en 1974, par une évaluation des patrouilles policières qui eut un grand retentissement parmi les spécialistes. Cette recherche réalisée à Kansas City concluait que la criminalité n’était aucunement affectée par les différents degrés d’intensité des patrouilles policières dans des secteurs de la ville choisis au hasard (Kelling et coll. 1974). Par la suite, d’autres évaluations produisirent des résultats tout aussi décevants. L’augmentation du nombre de policiers n’est pas suivie d’un recul avéré de la criminalité. Autre constat négatif, la rapidité des réponses policières aux appels est sans rapport avec la probabilité d’élucidation. Devant de tels faits, on comprend qu’en 1994, Bayley, excellent spécialiste des questions policières, laissa tomber froidement : « La police ne prévient pas le crime. »
Marcus Felson (2002 : 4-5) ajoute de nouvelles raisons de croire que l’influence de la police sur la criminalité est, au mieux, insignifiante. La majorité des infractions ne sont tout simplement pas rapportées à la police et seulement une petite minorité de celles qui viennent à la connaissance des autorités est élucidée et sanctionnée. Felson a aussi calculé que dans le comté de Los Angeles, 99,98% du temps, il n’y a aucune présence policière dans un lieu donné, ce qui veut dire que les chances qu’un policier surprenne un malfaiteur en flagrant délit sont pratiquement nulles.

Qu’en pensent les praticiens de la sécurité eux-mêmes? Les optimistes croient, bien sûr, qu’ils contribuent à la sécurité alors que les pessimistes – et ils ne manquent pas – restent dubitatifs. En d’autres termes, les positions prises par les uns et les autres sont affaire d’opinion et de tempérament. Comment pourrait-il en être autrement quand on sait que les professionnels de la sécurité ne peuvent pas savoir à partir de leur expérience s’ils produisent vraiment de la sécurité. Bien évidemment, ils savent qu’ils ont arrêté un certain nombre de délinquants et qu’ils ont bien patrouillé dans leur secteur, mais n’ayant pas accès aux chiffres et aux démonstrations, ils sont incapables de déterminer jusqu’à quel point ces actions ont contribué à faire reculer la criminalité.

L’efficacité d’une opération de sécurité ne peut généralement pas être établie à l’œil nu. Sans une méthodologie expérimentale, il est impossible de comptabiliser le nombre des délits qui n’ont pas été commis. Cela prend une évaluation menée avec des méthodes éprouvées. Une telle investigation commence par un dénombrement fiable et constant des infractions visées. Ensuite, le chercheur compare le nombre de délits commis avant l’intervention au nombre des délits commis pendant ou après. Enfin, il examine l’évolution de la délinquance dans le secteur expérimental et la compare à l’évolution de la délinquance dans un secteur semblable dans lequel on n’est pas intervenu.
C’est donc à partir d’évaluations utilisant la méthode expérimentale que l’on peut statuer sur la question de l’efficacité. Que nous apprennent-elles ? Les bilans les plus récents sont plus encourageants que les précédents sans pour autant nous rendre euphoriques.

Au cours des 30 dernières années se sont accumulées des évaluations portant sur des stratégies aussi variées que la patrouille, l’enquête, la télésurveillance, la police de résolution de problèmes et les opérations coup-de-poing. Il en ressort que certaines « marchent », c’est-à-dire réduisent la délinquance prise pour cible ; que d’autres « ne marchent pas » et que plusieurs autres sont prometteuses. Par exemple, des évaluations convergentes confirment que les campagnes policières contre les excès de vitesse et les conduites automobiles sous l’influence de l’alcool ont réduit très sensiblement le nombre de collisions mortelles causées par ces abus. Il a aussi été démontré que des mobilisations policières fortes et bien conçues contre des points chauds du crime font décroître, au moins temporairement, la fréquence des crimes violents dans ces secteurs. Plus généralement, une intervention policière bien pensée et intensive combinant une diversité de mesures adaptées et focalisées sur un problème circonscrit produit des résultats encourageants (Sherman et Eck 2002 ; Skogan et Frydl dir. 2004 ; Blais et Cusson 2007).

Que conclure devant ces faits et ces arguments qui pointent dans des directions opposées ? Commençons par reconnaître les mérites des deux positions. D’une part, il est indubitable que la sécurité dont nous jouissons tient à bien d’autres choses qu’à l’action de sécurité: à l’éducation, au lien social, à la confiance mutuelle, à la coopération, à la réciprocité, aux contrôles sociaux informels… D’autre part, les succès ponctuels, mais probants, d’opérations de sécurité évaluées ne sauraient être balayés sous le tapis. Ils nous autorisent à penser qu’un problème criminel circonscrit peut être résolu par des professionnels de la sécurité compétents. Ajoutons qu’aucun pays du monde n’a cru bon de se priver d’une force publique et que, dans les pays développés, la plupart des grandes organisations privées ou parapubliques font appel à des professionnels de la sécurité. Ceux-ci se présentent comme un recours : nous faisons appel à leurs services quand surgit un problème qui ne peut être résolu par les moyens habituels de la persuasion, de la coopération, de la transaction. La plupart du temps, nous sommes heureux de nous en passer, mais nous sommes bien aises de les voir arriver quand le danger pointe. Et chaque fois que nous sollicitons leur intervention, nous reconnaissons implicitement qu’ils peuvent contribuer à notre sécurité.

Ce dont il sera question dans le livre de Maurice Cusson, c’est de la sécurité telle qu’elle se présente au terme du processus de démocratisation de nos sociétés. Enorme est la différence entre une police telle que les démocrates veulent la voir exister et celle qui sévit dans les régimes autoritaires. Dans un tel régime, l’appareil policier sert d’abord de garde prétorienne au tyran: il le protège et lui sert d’instrument. Sa fonction principale est de protéger le détenteur du pouvoir, de l’aider à le conserver en faisant la chasse aux opposants, sans lésiner sur l’usage de la terreur. Il est son bras armé, ses yeux, ses oreilles, son bouclier. Au service du bon plaisir du prince, il exécute ses basses œuvres. Et le despote lui fait faire tout et n’importe quoi : surveiller et contrôler les opinions, la religion, les mœurs, le commerce, la science, etc. La police envahit tout le corps social, empiète sur tous les ordres d’activité.
Toute autre est la vocation de la police dans une démocratie bien conformée. Sa finalité principale est la sécurité des citoyens. Loin d’être une pétition de principe, il s’agit là d’un fait solidement établi par Reiss, dès 1971, au terme d’une importante recherche menée à Chicago, Boston et Washington dans des secteurs où la criminalité était relativement forte. Il avait alors découvert que plus de 80% des interventions des patrouilleurs ne procédaient ni de leur propre initiative, ni de celle de leurs supérieurs, ni du politique, mais étaient sollicitées par de simples citoyens. Ericson (1982 : 74-75) n’obtient pas un pourcentage aussi élevé lors d’une enquête dans une région de l’Ontario formée de regroupements de petites villes et de villages. Les patrouilleurs observés réagissaient à des demandes des citoyens dans 53% des rencontres et ils agissaient de leur propre initiative dans 47 % des cas. De telles variations ne sont guère pour surprendre. Les citoyens sont portés à appeler la police quand ils lui font confiance et là où les délits, incivilités et incidents sont plus fréquents qu’ailleurs. Quoi qu’il en soit, dans les démocraties, il paraît aller de soi que les policiers sont d’abord au service des citoyens et les chiffres nous apprennent que la police accepte cette mission de bonne grâce.

Parce que, plus que tout autre pouvoir, la police peut mettre la liberté en péril, les constitutions démocratiques bornent ses moyens de contrainte et la protègent des immixtions des politiciens. La règle de droit prime sur les ordres donnés par le politique (Bayley 2001 : 14). Les législateurs s’acharnent à limiter les pouvoirs policiers de surveillance, de perquisition, d’arrestation, de détention. Le précepte de la force minimale prévaut : le droit d’user de la force est reconnu à la police, mais en ultime recours (Loubet del Bayle 2006).

La démocratisation va aussi de pair avec la volonté de circonscrire le champ de compétence de la police à l’intérieur de limites étroites. Ses attributions sont bornées aux interventions sur les menaces claires à la sécurité des personnes et des biens : violences, vols, fraudes, accidents, crises.

« Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir.» Cette phrase célèbre de Montesquieu, dans L’Esprit des lois (livre XI, chapitre VI), vaut tout particulièrement pour la police. C’est pourquoi les démocraties laissent se multiplier autour des organisations policières une diversité de pouvoirs qui se font mutuellement contrepoids: pouvoirs judiciaires, politiques, administratifs, économiques, médiatiques… A l’intérieur même du champ de la sécurité jouent la concurrence et la compétition. Au Canada, la police fédérale doit s’accommoder de polices provinciales, d’une foule de polices municipales et de nombreuses administrations dotées de pouvoirs de police dans des domaines particuliers, comme les transports et les marchés financiers. Et, couronnant le tout, les services de sécurité privée en concurrence les uns avec les autres alignent des effectifs deux fois plus nombreux que la police publique. Je soutiens que cette multiplication de centres autonomes d’action de sécurité sert la liberté et la démocratie.

Mais à quoi peut bien servir l’histoire dans cette réflexion sur l’apport de l’action de sécurité ? La criminologie historique n’est pas narration, mais argumentation fondée sur les données de l’histoire. Elle propose une lecture théorique de l’historiographie. Elle confronte les propositions générales sur les fonctions et l’efficacité de l’action de sécurité aux faits patiemment accumulés par les historiens. Ces faits, je les utilise pour construire une théorie des rapports entre l’évolution du policing et celle de la criminalité. Je contemple l’histoire occidentale comme un immense laboratoire dans lequel, génération après génération, des tentatives pour juguler l’insécurité furent expérimentées avec des bonheurs divers.

L’investigation historique permet au criminologue de connaître l’avenir des actions passées : il sait ainsi quelles furent les conséquences à moyen et à long terme d’innovations apparues il y a quelques siècles.

Le premier moment de la démarche adoptée par Maurice Cusson dans l’écriture de son livre fut de sélectionner, parmi le riche matériau historique, des épisodes déterminants porteurs d’enseignement sur la nature et les résultats de l’action de sécurité. Les plus instructifs d’entre eux se situent quand un changement marqué du côté de l’action de sécurité fut suivi d’une réduction probante de la criminalité. J’ai alors constaté que, depuis le Moyen Age jusqu’à nos jours, cinq grandes manifestations de la criminalité ont suscité des réformes de l’action de sécurité pour être ensuite suivies de reculs mesurables du problème.

  • Durant le Moyen Age et la Renaissance, les jeunes hommes s’entretuaient beaucoup plus fréquemment qu’aujourd’hui. Ensuite, au XVIIe et au XVIIIe siècle, les organisations policières et judiciaires se structurent et montent progressivement en puissance; or, précisément à cette époque, les homicides dégringolent. Se pose alors la question: la police y fut-elle pour quelque chose ?
  • Entre l’an 1000 et le XVe siècle, de redoutables bandes de brigands sévissaient sur l’espace occidental; dévalisaient les voyageurs; faisaient des prisonniers pour les vendre comme esclaves; utilisaient le meurtre et la menace de mort pour s’enrichir. En France, la réponse des seigneurs et des rois fut d’abord de construire des places fortes pour protéger leurs gens et, plus tard, de créer des polices militaires comme la maréchaussée pour pourchasser les brigands. Progressivement, ces bandes furent réduites et, durant le XVIIIe siècle, les organisations criminelles avaient cessé de miser sur la violence pour s’enrichir.
  • A partir du XIXe siècle, à Londres, la criminalité prend un nouveau visage: elle perd en gravité, mais augmente en fréquence. Pullulent les vols en tous genres encouragés par l’abondance de biens exposés au vol et, dans la ville surpeuplée, les incivilités et les désordres s’accumulent générant une insécurité palpable. Confronté à ces problèmes, en 1829, le gouvernement britannique modifie de fond en comble son organisation policière et dote la métropole anglaise d’une police dont les Anglais continuent de chanter les louanges. Ce modèle policier expérimenté à Londres est ensuite étendu à toute l’Angleterre. Or, peu après cette réforme, la criminalité diminue de façon significative pendant un demi-siècle. Un siècle et demi plus tard, de l’autre côté de l’Atlantique, New York voit sa criminalité exploser pendant les années 1960 et 1970 puis se maintient à un niveau élevé pendant les années 1980. C’est alors, en janvier 1994, qu’arrive aux commandes de la police de la ville le célèbre chef Bratton qui réussit une importante réforme des pratiques policières de son service. Puis on s’avise que la criminalité, incluant les homicides, est en chute libre.
  • Durant le dernier quart du XXe siècle, les pouvoirs publics deviennent préoccupés par deux catégories de problèmes : les concentrations de délits et crimes dans des secteurs bien localisés de l’espace urbain et les réseaux de trafiquants de stupéfiants. En guise de solution, les services de police américains et canadiens mènent des séries de frappes contre ces concentrations et ces réseaux criminels. Plusieurs de ces opérations font l’objet d’évaluations scientifiques qui comportent de nombreuses leçons pour l’art de la sécurité.
  • Aux Etats-Unis et au Canada, la criminalité grimpe entre 1960 et 1975. Elle se maintient ensuite sur d’inquiétants sommets pendant les années 1980. Puis, à partir de 1990, les taux de criminalité amorcent un mouvement de décroissance. Or, cette baisse avait été précédée de changements nets dans les stratégies policières, d’une forte progression de la sécurité privée, de progrès évidents des technologies de sécurité. Comme dans les exemples précédents, il s’agira d’établir les faits et dese demander si ces progrès du côté de l’action de sécurité sont responsables de cette décroissance de la criminalité.

Comment justifier de passer ainsi du Moyen Age à la période contemporaine et de l’Europe à l’Amérique du Nord ? Parce que c’est à ces époques et sur ces deux continents que j’ai trouvé les épisodes durant lesquels une transformation dans l’action de sécurité fut suivie d’une réduction de la criminalité démontrée, chiffres et documents à l’appui, par des historiens ou des criminologues.

Mais pourquoi s’attarder à l’histoire dès lors qu’elle ne peut produire les démonstrations concluantes acquises grâce à la méthode expérimentale qui a de plus en plus cours en criminologie? Parce que cette dernière n’est faite que d’une succession d’évaluations ponctuelles mesurant des effets limités dans le temps et l’espace. Par exemple, des évaluations anglaises ont établi que l’amélioration de la surveillance des stationnements par des préposés ou des caméras en circuit fermé fut suivie de baisses de la fréquence de vols de voitures et que cette réduction se maintint pendant une année (Webb et coll. 1992 ; Clarke 2002 ; Welsh et Farrington 2002 ; Gill et Spriggs 2005). Même si le fait est solidement établi, il reste circonscrit aux vols de voiture, aux stationnements et à des effets ne dépassant pas une année. Les grandes transformations enregistrées par l’histoire élargissent nos horizons. Elles nous font progresser de l’observation ponctuelle et circonscrite au mouvement séculaire ; du modèle réduit à l’expérience grandeur nature ; du microscopique au macroscopique.

S’il est vrai que l’histoire donne de l’envergure et de la profondeur temporelle aux propositions sur l’efficacité de l’action de sécurité, la validité interne des relations causales qu’elle suggère reste faible : impossible d’attribuer avec certitude telle décroissance du crime à telle réforme policière. Du côté de la criminologie expérimentale, la validité de plusieurs évaluations récentes est grande, cependant que leur portée est limitée. Le livre de Maurice Cusson combine les deux approches pour que les faiblesses de l’une soient compensées par les forces de l’autre, de telle sorte qu’une même hypothèse puisse être mise à l’épreuve avec deux séries d’observations très différentes. Pour y parvenir, on opérera la triangulation d’épisodes historiques au cours desquels une catégorie d’actions de sécurité fut suivie d’un recul de la criminalité avec des évaluations criminologiques faisant la démonstration de l’efficacité de la même catégorie de mesures. Notre confiance en l’efficacité d’une mesure grandira devant la constatation que l’histoire et la criminologie expérimentale concordent sur le fait que cette mesure parvient à faire reculer la délinquance. La validité d’une proposition sur l’efficacité sera étayée par les évaluations scientifiques et son extension sera établie par l’amplitude que donne l’histoire.

Le livre de Maurice Cusson s’inscrit dans le droit fil du Traité de sécurité intérieure (Cusson, Dupont et Lemieux 2007). Il couvre le même sujet, tout en lui ajoutant la dimension historique qui lui manquait. Et il vise un objectif différent : non pas dresser une somme des connaissances, mais construire une théorie générale de la production de sécurité.

> Pour en savoir plus

 Extrait du titre L'art de la sécurité de Maurice Cusson.
Publié aux Presses polytechniques et universitaires romandes

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