09/11/2011

Densifier, assainir, isoler

9431777-wooden-block-houses-under-construction-isolated-on-white-background.jpgDepuis un siècle, le développement des villes s’est essentiellement opéré par extensions périphériques. Il résulte de cet étalement urbain un accroissement constant des distances et des temps de déplacement. Les zones d’habitat pavillonnaire, qui ont proliféré au cours des dernières décennies, tout comme la desserte des nouveaux quartiers périphériques, ont été conçus autour de l’usage de l’automobile. Cette dépendance entraîne une augmentation de la pollution atmosphérique. Un tel mode de développement atteint aujourd’hui ses limites, en raison de la saturation des voies de circulation et de la dégradation de la qualité de l’air, sans parler de la dépense énergétique et des problèmes environnementaux. Cet essor entraîne une perturbation du cycle de l’eau, un mitage des paysages et contribue à la fragmentation des milieux naturels.


En Suisse, la surface d’habitat et d’infrastructure par habitant occupait en moyenne 400 m2 au milieu des années 1990, avec de fortes variations d’une région à l’autre (de 131 à 711 m2). La moitié de cette surface correspond à l’emprise directe du bâti, et l’autre moitié aux infrastructures liées aux déplacements. Et selon les statistiques de la superficie 2004/091, cette dynamique d’étalement se poursuit actuellement au rythme de 1 m2 par seconde2, ce qui représente une augmentation de 4 m2/habitant par année !

Cette expansion est en partie liée à la croissance démographique. Mais c’est principalement l’augmentation de la mobilité individuelle, ainsi que l’accroissement de l’espace consacré au logement qui sont responsables de la consommation effrénée de terrains. En effet, la surface habitable moyenne par habitant a augmenté de 10 m2 en vingt ans pour atteindre 44 m2 en l’an 20003.

En France4, où la densité de population est moins forte, les espaces artificialisés ont progressé de 17,5% en une dizaine d’années, entre 1992 et 2003, à raison de 1500 m2 artificialisés par habitant supplémentaire5. Le constat du rythme effréné de consommation d’espace provoque une prise de conscience et impose de reconsidérer le développement des agglomérations. Le modèle de ville compacte étant considéré comme vertueux sous l’angle du développement durable, la recherche de la densification est désormais affichée comme un objectif prioritaire. Sa concrétisation nécessite cependant une réelle volonté politique ainsi qu’une réglementation favorable.

La surélévation comme une forme de réponse à la densification

Le processus de «réurbanisation» des villes-centres, amorcé depuis le début des années 2000, traduit le désir de villes plus compactes. Si l’aspiration à un mode d’habiter plus durable justifie l’objectif de densification du tissu bâti, la question est aujourd’hui de trouver les moyens de parvenir, dans des délais raisonnables, à une valorisation du potentiel de densification. Dans bien des cas, l’espace disponible au centre des villes ne permet plus de construire des logements collectifs en grand nombre. Certaines villes profitent de friches industrielles ou d’anciens sites militaires pour créer de nouvelles formes d’habitat basées sur la mixité fonctionnelle et une desserte optimisée en transports publics. L’intégration d’activités et de services vise l’amélioration de la qualité de la vie sociale et une réduction des déplacements. Les opportunités foncières de cette nature sont toutefois limitées.

La densification par la construction d’immeubles de grande hauteur revient en débat. Mais elle se conçoit avant tout par extension ou par création de nouveaux quartiers. Elle est donc contrainte par la rareté des espaces fonciers encore disponibles. De plus, les règles d’urbanisme organisant les volumes dans la ville imposent souvent des distances importantes entre immeubles de très grande hauteur. Les ratios appliqués aux surfaces de stationnement, s’ils sont identiques à ceux d’autres immeubles, conduisent à limiter la densité de tels quartiers. Il est possible d’atteindre des seuils de densité bien supérieurs par une urbanisation continue sur une dizaine de niveaux.

Sur un tissu urbain déjà dense, la surélévation des bâtiments existants apparaît donc comme l’une des voies à explorer. Cette solution est susceptible d’intéresser un grand nombre de villes, car elle peut contribuer au renforcement de leur attrait résidentiel. Les appartements réalisés par surélévation bénéficient en effet de conditions idéales d’ensoleillement et de vue. Les surélévations offrent également la possibilité de créer de grands volumes, en recourant à des systèmes constructifs permettant de s’affranchir des contraintes structurelles de la trame des niveaux inférieurs. L’éventail des formes de toitures ouvre la perspective de loggias ou de terrasses généreuses, accessibles ou végétalisées. La surélévation peut donner lieu à la création d’espaces verts par l’aménagement en toiture de terrasses collectives, plantées ou aménagées. Enfin, le traitement des surélévations dans un langage architectural résolument contemporain participe au renouvellement de l’image de la ville. Il offre l’opportunité de transformer en habitations attractives des immeubles dépourvus de caractère, voire de requalifier un habitat vétuste, dans un contexte où le foncier urbain disponible devient rare et cher.

Dans les cités qui connaissent une pression foncière élevée, la surélévation s’impose comme une solution d’autant plus évidente qu’elle permet d’accroître la surface bâtie sans achat de foncier. Sur les immeubles dont la toiture n’est pas suffisamment isolée et n’a pas fait l’objet d’un entretien régulier, la surélévation permet d’amortir plus aisément le coût de la création des surfaces supplémentaires, puisque la réfection de la couverture se serait de toute façon imposée. La surélévation ne concerne pas exclusivement les immeubles de centre-ville. Elle peut accompagner la réhabilitation de quartiers périphériques, en s’appliquant non seulement aux immeubles d’habitation existants, mais aussi aux bâtiments administratifs et aux établissements d’enseignement.

Les réhabilitations lourdes d’immeubles collectifs dans les quartiers périphériques offrent l’opportunité de surélévations qui peuvent être couplées à la construction de nouveaux immeubles instaurant une continuité entre bâtiments isolés. C’est une manière de recomposer un tissu bâti plus dense, à l’exemple de l’opération sur le quartier de Schwamendingen dans le nord de Zurich.

Même dans un tissu bâti plus diffus, la surélévation de villas ou de petits collectifs apparaît comme une réponse intéressante. Sur une maison individuelle, elle répond à l’évolution des besoins d’une famille. Couplée à une extension, elle offre la possibilité d’intégrer les locaux nécessaires à l’exercice d’une activité professionnelle, et de contribuer ainsi à la réduction des mouvements pendulaires.

Dans les lotissements de maisons individuelles, dont la population a vieilli, la surélévation est le moyen de diversifier les classes d’âges, en proposant de nouveaux logements ou en créant des appartements plus petits adaptés aux besoins de personnes âgées. Ce regroupement de trois générations sous le même toit contribue à une meilleure cohésion sociale dans la vie des quartiers. Avec la raréfaction des terrains constructibles, certaines constructions insignifiantes peuvent être requalifiées par surélévation et amenées à une valeur en cohérence avec leur emplacement.

Enfin, les surélévations peuvent accompagner le développement de sièges d’entreprises, en offrant des locaux attractifs pour des présentations commerciales, à l’image du siège de la société PVA AG à Altendorf. La surélévation des sièges d’entreprises est généralement réalisée pour créer de vastes salles de réunion avec vue panoramique.

Elle pourrait être imaginée pour la création de restaurants d’entreprises, afin de limiter les nécessités de déplacement des salariés et de contribuer à la réduction des mouvements pendulaires. La surélévation entre également dans la gamme des solutions pour la requalification de zones commerciales.

A l’échelle d’une agglomération, la conjugaison de différentes formes de surélévations est susceptible de produire des effets significatifs sur l’augmentation de l’offre de logements, pour peu que les adaptations du cadre réglementaire facilitent les démarches administratives préalables à l’autorisation de telles opérations. Favoriser la surélévation des constructions est une manière de « reconstruire la ville sur la ville».

> Pour en savoir plus sur les surélévations en bois

 Extrait du titre Surélévarions en bois, Markus Mooser, Marc Forestier, Mélanie Pittet-Baschung.
Publié aux Presses polytechniques et universitaires romandes

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