03/11/2011

Une approche nouvelle de la pédagogie sportive

5476010-group-of-female-track-athletes-on-starting-blocks.jpgElles s’appellent Mireya, Jane, Yasmina, Eva ou Andrea. Ils se prénomment Karch, Julien, Piero, Muhammad ou Larry. Ces enfants du monde jouent. Au Pakistan, à Islamabad, à la recherche d’une petite balle insaisissable, là où le hockey sur gazon les fait vibrer. Aux États-Unis, sur les plages de Hawaï, dans un jeu d’équilibre où les surfeurs dansent avec le roulis des vagues de l’océan. En Roumanie, à Bucarest, où les jeunes gymnastes dessinent dans l’espace les arabesques les plus folles. En Suisse, à Davos, où les skieurs glissent sur les difficultés du moment. Au Japon, à Nagoya, où les minivolleyeurs s’amusent de ce ballon qui vole d’un côté à l’autre du filet. Ils jouent avec leurs règles, leurs limites, leur soif de liberté.


Ces terrains de jeu leur apprennent à partager, à rencontrer, à perdre, à gagner. Bref, à grandir, à vivre. Ils ressentent l’essentiel de ce corps qui bouge, berceau de l’intuition, du savoir, de la mémoire et surtout de la création. Apprendre à vivre « dans et avec son corps » n’est pas chose facile. Cette découverte doit se faire de manière libre pour l’enfant le plus longtemps possible. Parce que l’environnement qui lui est offert favorise le mouvement. En toute sécurité. On ne joue pas du piano avec un seul doigt. On ne saute pas toute une vie sur un seul pied. La polyvalence et la pluridisciplinarité se réjouissent de la réussite, des progrès des jeunes qui empruntent ce chemin ouvert, parfumé de flexibilité, de variation et de droit à l’erreur. La cour d’école, le lac, la rue sont leur laboratoire de réussites et d’échecs, de rires et de larmes. Le père et la mère, puis l’enseignant, donnent envie, mettent en scène, sécurisent le terrain de jeu, favorisent les échanges. Bien souvent, leur présence suffit. C’est le temps du regard qui rassure, qui encourage, de la main qui se tend, du mot juste, du silence peut-être. Ainsi naît la confiance chez l’enfant. La liberté de l’apprentissage, vécue dans un cadre affectif favorable, donne accès à l’autonomie, à la responsabilisation. Dans cette phase de découverte et d’expériences motrices, les conditions allégées mises en place amènent l’enfant vers la réussite. L’enfant, comme tout être humain, a besoin de succès et d’amour pour grandir, pour vivre pleinement.

Vient alors le temps des questions. Comment m’arrêter au bas de cette pente verglacée ? Pourquoi dois-je me replacer au milieu du court de tennis après ce superbe coup droit ? Comment me sortir de cette situation difficile ? J’ai peur, je ne réussis même plus les gestes faciles, que dois-je faire ? À quel moment du match faut-il privilégier la feinte ? Où faut-il la placer ? Il me faut de l’aide, il me faut des réponses. Je veux progresser dans les domaines technique, tactique. Je veux améliorer ma condition physique, mon mental. Je veux apprendre…

Et si on parlait enseignement du sport !

Il est instituteur, elle est maîtresse d’éducation physique et de sport, il est professeur de ski, elle entraîne un club de volleyball. Eux aussi se posent des questions, eux aussi cherchent des réponses. Parce qu’ils doutent parfois, la soif d’apprendre les pousse à se remettre en question et à chercher d’autres voies dans l’apprentissage. Ils sont « enseignants », ils aiment leur métier, leurs élèves, leurs joueurs. Pour que cet amour perdure, ils vont devoir jouer avec la formation tout au long de leur carrière. Il y a des matchs que l’on ne peut pas perdre. Le jeu ne doit pas s’arrêter. Réussir sa vie d’enseignant, c’est tisser des liens, c’est rencontrer, c’est partager. Mais comme dans toute profession, il faut aussi savoir s’arrêter, respirer, se ressourcer. Pour aller plus loin, pour aller ailleurs, pour raviver l’envie de transmettre, pour se laisser imprégner à nouveau par ce que Montherlant appelle « la musique du sport ».

L’ouvrage de Pierre Pfefferlé et d’Isabelle Liardet ne doit pas être lu comme un roman. On ne peut pas le dévorer d’une traite. Il faut s’y promener, s’y arrêter pour reprendre son souffle. Il nous fait réfléchir sur le sens que nous voulons donner à notre enseignement, sur la manière de transmettre, sur le processus d’apprentissage. L’enseignant, enrichi par cet apport d’oxygène, va alors accompagner l’apprenant vers l’essentiel, vers ce qui est bon pour lui. Le travail sur l’équilibre est toujours un travail sur l’homme.

« Ouvrir la porte de devant, accueillir… Ouvrir la porte de derrière, laisser partir… C’est établir un courant d’être ».

Former quelqu’un, c’est accepter de le perdre. Merci aux deux auteurs de nous l’avoir rappelé.

Georges-André Carrel, Service des sports de l’Université et de l’École polytechnique fédérale de Lausanne, août 2011

> Pour en savoir plus

  Extrait du titre Enseigner le sport, Pierre Pfefferlé, Isabelle Liardet.
Publié aux Presses polytechniques et universitaires romandes

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