01/06/2011

La religion revient-elle sur la scène politique ?

endomedion070500010.jpgTelle est du moins l’impression véhiculée par l’observation de la campagne pour les élections aux Chambres fédérales de cet automne. Deux partis évoquent la religion, voire les valeurs chrétiennes pour se profiler par rapport à leurs concurrents. L’un, l’UDC, insiste sur le rôle du christianisme pour fonder l’identité helvétique, l’autre, le PDC,  souligne l’importance des valeurs chrétiennes pour répondre aux besoins contemporains d’avoir des points de repères. Les deux partis, fait intéressant, nient toute inféodation à une ou des Eglises. Bien au contraire, ils les renvoient à la célébration de leurs cultes et leur demandent de ne pas s’occuper de politique. En d’autres termes ils s’érigent en interprètes de la tradition religieuse helvétique.


Ces programmes politiques illustrent magistralement le phénomène de désinstitutionnalisation  de la religion décrit dans La religion visible . Ce processus qui tient ses origines dans la révolution culturelle des années 1960 marque en effet la scène religieuse depuis des décennies. Mais en a-t-on vraiment compris  la portée et les conséquences ? Longtemps, on l’a réduit à un phénomène de perte, alors que s’opérait une lente recomposition de la religion dans nos sociétés occidentales.  Or cette recomposition  prend des aspects inattendus.

L’un d’entre eux est bien mis en évidence par la convocation du religieux dans les programmes politiques. La religion s’est pluralisée, elle n’est plus l’apanage des seules organisations religieuses, mais elle ne s’est pas privatisée. Dit d’une autre manière, elle n’a pas quitté la scène publique. Les récentes controverses sur les signes religieux en sont une preuve parmi d’autres. Alors qu’est-elle devenue ? Le livre signalé propose une hypothèse forte en signalant la dualisation de la religion sur deux pôles : « institutionnel » et « universel » qui rend compte du changement opéré.

Le débat généré par  la thématisation politique  du fait religieux  relance la question du « qui régule la religion dans nos sociétés aujourd’hui » ? Par ignorance ou naïveté, on prétend souvent que la Suisse est un Etat laïc. Si la France peut mériter ce titre, pratiquement aucun autre pays d’Europe ne connaît ce régime de séparation absolue des Eglises et de l’Etat. Alors qu’en est-il exactement ? Neutre sur le plan confessionnel, la Confédération helvétique a depuis longtemps délégué à ses cantons le soin de régler le problème à leur convenance et en conformité avec leur histoire spécifique. Il en découle une multitude de régimes, dont la variété et la pertinence pourraient intéresser  l’Europe. Les différents pays qui la composent ont en effet un passé religieux hétérogène fait de traditions différentes : orthodoxe, luthérienne, catholique romaine, réformée, bi-confessionnelle…., appelant à des types de liens Etat-religion différenciés.

Mais revenons à la Suisse. Le retour sur la scène publique de la religion,, les problèmes nouveaux entraînés  par sa pluralisation … obligent à s’interroger à neuf sur sa régulation. Il conviendrait peut-être de modifier la Constitution en conséquence. Le livre mentionné évoque ces problèmes et propose même une nouvelle rédaction des articles constitutionnels relatifs à la religion. Cela non de façon spéculative ou théorique, mais en se fondant sur une connaissance approfondie de l’évolution des croyances, des liens entretenus  par les Suisses avec les communautés religieuses, de leurs attentes à leur égard. Il se penche sur les modes actuels de transmission de la religion en mettant en relief le rôle déterminant de la famille.  Bref il fournit une matière propre à repenser individuellement et collectivement le rôle de la religion dans notre société de modernité tardive.

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 Auteur: Roland J. Campiche 

15:38 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0)

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