04/07/2011

Effet de serre et changement climatique

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Durant le 20e siècle, les mesures de température ont montré une augmentation moyenne pour l’ensemble de la surface du globe de +0,7°C. Cependant, le globe ne se réchauffe pas de manière homogène ou continue, ni dans l’espace, ni dans le temps. La hausse des températures s’est renforcée durant la dernière partie du siècle. La décennie 1990 s’est montrée de loin la plus chaude et les températures les plus élevées ont été relevées en 1998. La seconde année la plus chaude depuis le début des mesures, en 1861, a été 2005, puis 2002, 2003 et 2004. Les dix années les plus chaudes sont toutes survenues depuis 1991, dont neuf après 1995. Et cinq des six années les plus chaudes ont été mesurées depuis 2001.


Le phénomène El Niño a contribué au record de 1998 en réchauffant durant toute l’année civile la partie sud et tropicale du Pacifique. L’année 2002 s’est aussi placée sous le signe d’El Niño, mais d’une ampleur nettement réduite, ce qui lui a attribué le 3e rang. Le phénomène s’est terminé au printemps 2003, réchauffant encore légèrement les températures jusqu’en mars, ce qui a placé la moyenne de 2003 juste après celle de 2002 mais au-dessus de celle de 2004, année sans El Niño, comme 2001. La deuxième année la plus chaude, 2005, le fut aussi sans El Niño. Les années 1999 et 2000, pourtant sous l’influence du phénomène La Niña, qui entraîne un important refroidissement du Pacifique, se sont malgré tout placées parmi les dix plus chaudes. S’agissant uniquement de l’hémisphère nord, moins influencé par El Niño, le classement n’est pas exactement le même, mais les dix années les plus chaudes proviennent ici aussi toutes du 21e siècle et de la décennie 1990.

Des mesures effectuées depuis plus de quarante ans montrent que l’atmosphère s’est réchauffée jusqu’à une altitude de 8000 mètres. Le réchauffement touche aussi les océans : on l’a mesuré jusqu’à plus de trois kilomètres de profondeur.

A l’échelle du globe, les températures ont commencé à se réchauffer depuis le milieu du 19e siècle, mais principalement durant deux périodes du 20e siècle, d’une part de 1920 à 1945, et d’autre part dès 1975. De 1945 à 1975, le réchauffement s’est poursuivi dans l’hémisphère Sud, mais pas dans l’hémisphère nord, qui a subi au contraire un léger refroidissement, spécialement dans les zones qui s’étaient beaucoup réchauffées avant 1945 (voir plus loin l’effet des aérosols dans les causes des changements climatiques). Dès les années 1980, l’hémisphère nord s’est réchauffé à nouveau davantage que l’hémisphère sud.

Plus les données sont récentes, plus elles sont abondantes, plus leur qualité est élevée, et meilleure est la connaissance de leur répartition spatiale. A l’échelle du globe, les données des 20e et 21e siècles sont nettement plus fiables que celles du 19e siècle, que l’on travaille encore à reconstruire. Les recherches les plus récentes montrent que le réchauffement a probablement déjà débuté vers le milieu plutôt que vers la fin du 19e siècle, ce que confirmerait le recul de la plupart des glaciers de montagnes, qui s’est engagé approximativement à cette époque.

Le climat, un système complexe en équilibre

Si le réchauffement des températures n’a pas été constant au cours du siècle, c’est parce que le système climatique est très complexe et qu’il ne réagit pas de manière linéaire aux modifications qu’il subit. En effet, le système climatique comprend non seulement l’atmosphère, élément déjà complexe en soi, mais aussi les océans et l’ensemble de l’hydrosphère, la cryosphère (toutes les neiges et glaces) et la biosphère. L’atmosphère est par exemple en interaction avec les surfaces océaniques, dont la température dépend notamment de la circulation interne des courants marins dans toute la profondeur de l’océan. Cette température dépend aussi de la fonte des calottes polaires qui apporte une eau douce et froide dans l’océan. Les glaces elles-mêmes ont une action directe sur l’atmosphère dont elles dépendent également.

Il en va de même pour la biosphère : si une surface terrestre est couverte de forêts ou au contraire désertique, son impact sur l’atmosphère sera différent. En effet, sa rugosité ne sera pas la même et elle agira sur la vitesse du vent. L’humidité disponible variera, de même que l’albédo (part du rayonnement solaire diffusé ou réfléchi directement par la surface).
L’atmosphère, quant à elle, est le lieu du rayonnement, de l’ultraviolet à l’infrarouge, en provenance et en direction du soleil. Ce rayonnement dépend de l’albédo du sol, mais aussi de la composition chimique de l’atmosphère et de son humidité, pour ne citer que ces paramètres. L’humidité est étroitement liée à l’ensemble du système hydrologique et la composition chimique dépend, entre autres, de la couverture végétale et des émissions humaines.

Ainsi, toute modification intervenant en un point d’un système aussi complexe peut mettre du temps avant d’entraîner une réaction. Après un certain délai, la réaction peut alors être rapide et en quelque sorte rattraper son retard par rapport à l’événement qui en est la cause. Ainsi, le système peut absorber des modifications sans rien en faire paraître, puis, brusquement, réagir comme s’il avait soudain atteint un trop-plein. Inutile de préciser qu’il est toujours extrêmement difficile de prévoir quand ce point limite sera atteint. On a longtemps espéré par exemple que les océans absorberaient l’excédent de gaz carbonique que les humains émettent dans l’atmosphère. Force est de constater que non seulement la quantité de ce gaz est en nette augmentation dans l’atmosphère, malgré une absorption océanique importante, mais également que la température du globe s’accroît, malgré l’absorption par les océans d’une partie des gaz et de l’énergie excédentaire.

Géographiquement, on constate que le contraste se renforce également entre les régions océaniques et les régions continentales, qui se réchauffent davantage. Or l’hémisphère Nord comprend beaucoup plus de régions continentales que l’hémisphère Sud. Ce contraste est très net depuis les années 1970 : les régions situées aux latitudes moyennes à hautes de l’hémisphère Nord (environ 35 à 65°N) se sont réchauffées dans des proportions particulièrement élevées, spécialement depuis les années 1980. Il est probable que ce phénomène soit dû en partie à la modification des pressions intervenues sur l’Atlantique Nord qui a entraîné un fort réchauffement des hivers de l’Europe du Nord et de la Sibérie.

La Suisse se situe dans une vaste région, allant du Nord de l’Espagne au Nord de la Russie, qui s’est réchauffée dans des proportions plus importantes que la moyenne du 20e siècle, en particulier durant les dernières décennies. D’autres régions du globe, de surfaces plus réduites, se sont réchauffées autant et même davantage – c’est le cas du Nord de la Chine ou du Canada – tandis que certaines se sont réchauffées dans des proportions moindres et même, de manière exceptionnelle cependant, se sont refroidies – c’est le cas du Sud-Ouest du Groenland ou de la région océanique située au Sud-Est de ce même Groenland. Dans ce dernier cas, on estime que le refroidissement est aussi à mettre en lien avec les modifications des pressions sur l’Atlantique Nord.

Quelles perspectives pour le 21e siècle ?

En moyenne planétaire, il faut s’attendre à un réchauffement qui devrait se situer dans une fourchette allant de +1,4°C à +5,8°C d’ici l’an 2100 (par rapport à 1990) selon les projections du rapport IPCC 2001. Toutefois, certaines recherches récentes montrent que ces valeurs pourraient encore être nettement sous estimées. L’ampleur des incertitudes repose non seulement sur les inconnues qui régissent les mécanismes complexes d’interactions du système climatique, mais surtout sur la façon dont le monde va évoluer dans les années qui viennent. L’un des paramètres les plus importants concerne les quantités de gaz à effet de serre qui vont être émises ces prochaines décennies. Un autre paramètre, en partie lié au premier, concerne l’évolution démographique.

Comme ce fut le cas au 20e siècle, le réchauffement prévu pour le 21e siècle devrait se répartir de manière très inégale à la surface du globe. Les différentes projections prévoient un réchauffement de l’ordre de +3 à +5°C en moyenne pour la région alpine à l’horizon 2070-2100. Les incertitudes dans ce genre de projections sont encore très grandes bien entendu, quoique les scientifiques s’accordent à penser que l’hémisphère Nord et tout particulièrement sa partie la plus septentrionale subira un réchauffement nettement plus important que celui de la moyenne du globe. Désormais, chaque année qui passe devrait permettre d’affiner les projections, car les inconnues vont peu à peu se réduire.

Causes naturelles et humaines des changements climatiques

Le climat de la terre n’est pas aussi stable qu’une courte vie humaine pourrait le laisser croire. Tout est question d’échelle. Si la vitesse du réchauffement attendue pour le 21e siècle est extraordinaire, de tout temps, le climat a subi toutes sortes de variations, et à différentes échelles, que ce soit durant les derniers millénaires, durant les derniers millions d’années ou durant les milliards d’années depuis qu’existe la vie sur la planète.

Les fluctuations des paramètres orbitaux

La principale cause naturelle des changements climatiques sur terre réside dans les fluctuations de l’énergie solaire. Ces fluctuations ont régi le climat terrestre jusqu’à l’aube du 20e siècle de notre ère. D’une part, le soleil n’a pas toujours émis la même quantité d’énergie, et, d’autre part, la position de la terre varie par rapport à celle du soleil, ce qui amène notre planète à recevoir plus ou moins d’énergie, ou à la voir répartie différemment selon les saisons ou la latitude. On distingue trois paramètres orbitaux déterminant les fluctuations de l’énergie solaire transmise à la terre: l’excentricité orbitale, l’obliquité axiale et la précession des équinoxes.

Les modifications de l’excentricité orbitale proviennent du fait que l’ellipse tracée par la terre autour du soleil n’est pas parfaitement sphérique et qu’elle se modifie de manière cyclique: son degré d’aplatissement est proche de zéro à son minimum et atteint jusqu’à 7% à son maximum lors d’un cycle complet de 100 000 ans. Ainsi, la terre est plus ou moins proche du soleil en fonction du moment du cycle dans lequel elle se trouve.

Si l’axe de la terre était perpendiculaire au plan de l’écliptique, il n’y aurait pas de saisons car le soleil atteindrait une zone donnée de la sphère avec le même angle durant toute l’année. C’est l’obliquité axiale, dont l’orientation reste la même toute l’année, qui permet l’existence des saisons. L’axe de la terre est actuellement de 23°27’ par rapport au plan de l’écliptique, mais, sur un cycle de 41 000 ans, il varie sensiblement, soit de 21°8’ à 24°4’.

Parce que la terre n’est pas parfaitement sphérique, une lente rotation de l’axe autour de la perpendiculaire au plan de l’écliptique s’effectue, à une échelle encore différente, comme dans le cas d’une toupie qui n’est pas parfaitement équilibrée. Ainsi, sur un cycle moyen de 21 000 ans (qui peut être réparti plus exactement en un cycle majeur de 23000 ans et un cycle mineur de 19000 ans), chaque saison se produit tantôt lorsque la terre est éloignée du soleil, tantôt lorsqu’elle en est plus proche. C’est ce que l’on appelle la précession des équinoxes. Aujourd’hui, la terre est proche du soleil en décembre. Il y a environ 11 000 ans, elle en était proche en juillet.

Infimes à première vue, les changements de paramètres orbitaux ont pourtant entraîné des modifications suffisamment importantes de la température pour générer par exemple la formation et la destruction des grandes calottes glaciaires: en calculant la position exacte de la terre par rapport au déroulement de chacun de ces trois cycles qui se superposent, on a pu mettre clairement en évidence les liens avec les changements climatiques passés. Sur le même principe, on peut modéliser les quantités d’énergie susceptibles d’atteindre la terre à l’avenir: en tenant compte uniquement de ces paramètres, et donc en l’absence théorique de toute intervention humaine ou d’éruption volcanique par exemple, notre marche naturelle vers la prochaine glaciation se serait poursuivie durant les 5000 prochaines années, puis on aurait assisté à un léger réchauffement avant une autre longue période de lent refroidissement menant à des conditions véritablement glaciaires d’ici à 60 000 ans.

La reconstruction récente des températures du dernier millénaire confirme les calculs des paramètres orbitaux et met en évidence un refroidissement très lent dès l’an 1000 de notre ère jusqu’au 19e siècle. Ce rafraîchissement des températures a touché l’hémisphère nord et a déjà débuté il y a 4000 ans. A partir du 19e siècle, le réchauffement dû à l’activité humaine a progressivement pris de plus en plus d’importance par rapport aux fluctuations naturelles. Durant la seconde moitié du 20e siècle et actuellement, les émissions de gaz à effet de serre sont clairement à l’origine de la majeure partie du réchauffement. Plusieurs méthodes ont permis de le démontrer: en particulier, des simulations numériques ont pu reproduire ce qu’aurait été la température des deux derniers siècles sans l’augmentation des gaz à effet de serre émis dans l’atmosphère, c’est-à-dire en tenant compte seulement des causes naturelles de changement. Les résultats correspondent assez bien à la réalité observée jusque vers 1950, mais ils s’en distancient de plus en plus par la suite. Lorsque l’on introduit l’influence des gaz à effet de serre et des aérosols dans le modèle, on parvient en revanche à des résultats correspondant très bien à notre réalité.

Le rayonnement solaire

On observe des changements autres que ceux affectant les paramètres orbitaux, comme les modifications intervenant dans la quantité d’énergie émise par le soleil. Ces modifications se mesurent à deux échelles bien différentes.

En premier lieu, sur plusieurs milliards d’années, on observe une augmentation très lente de l’énergie solaire. En effet, il y a un peu plus de 3 milliards d’années, respectivement 2 milliards d’années, le soleil émettait environ 30%, respectivement 10% d’énergie en moins qu’aujourd’hui. L’apparition de la végétation sur terre a entraîné une modification progressive de la chimie atmosphérique avec une augmentation de l’oxygène et une diminution du dioxyde de carbone. A une échelle de l’ordre du milliard d’années, la diminution de la teneur en dioxyde de carbone a permis à la terre de ne pas subir un réchauffement proportionnel à l’augmentation de l’énergie émise par le soleil.
En second lieu, à très court terme, les cycles de taches solaires entraînent à la fois des augmentations et des diminutions de l’énergie émise par le soleil, ceci par exemple sur des périodes d’environ 11 ans. Dans un délai si court, de telles modifications sont absorbées par le système climatique, surtout par les océans, et elles ne se traduisent pas par des variations à long terme de la température du globe.

L’activité volcanique

Le volcanisme est une autre cause naturelle des changements climatiques : en effet, une éruption volcanique émet de grandes quantités de poussières dans l’atmosphère, qui font écran à l’énergie solaire pendant quelques années (et entraînent donc un refroidissement des températures). En outre, l’éruption modifie la composition chimique de l’atmosphère en augmentant par exemple les teneurs de certains gaz comme le dioxyde de carbone ou le méthane (des gaz à effet de serre qui entraînent un réchauffement). A court terme, le bilan va toujours dans le sens d’un refroidissement. Les plus grandes éruptions volcaniques, par exemple celles du Pinatubo, aux Philippines, en 1991, du Mont St-Helen aux Etats-Unis, en 1980, ou d’El Chichon, au Mexique, en 1982, ont disséminé des millions de tonnes de poussières dans l’atmosphère qu’elles ont refroidie de quelques dixièmes de degrés durant plusieurs années.

Les océans, véritables régulateurs thermiques

La circulation océanique constitue le plus grand modérateur des températures de la planète. Les volumes d’eau absorbent et restituent l’énergie. Même à une échelle plus réduite, on peut percevoir humainement ce mécanisme aux abords d’un grand lac comme le Léman. Il absorbe de l’énergie en été, en réchauffant progressivement ses eaux, et la restitue en hiver en se refroidissant beaucoup plus lentement que ne le font les surfaces terrestres environnantes : la terre va geler rapidement tandis que le lac mettra beaucoup plus de temps à se refroidir. Le lac de Joux gèle fréquemment en hiver et cela est aussi arrivé à celui de Zurich, mais plus rarement. Le gel de ce lac est d’ailleurs un indice utilisé par les historiens du climat pour repérer les hivers les plus froids dans le passé. Le Léman, en revanche, est trop volumineux pour geler durant l’hiver; ses eaux ont d’ailleurs besoin de températures très froides pour être brassées jusqu’en profondeur, ce qui arrive de plus en plus rarement ces dernières années. Ce phénomène d’absorption et de restitution d’énergie offre aux abords du lac un climat plus tempéré que celui des autres régions.

A une toute autre échelle, les océans emmagasinent et restituent de grandes quantités d’énergie, grâce à la circulation des eaux entre la surface et la profondeur. Ce mécanisme ne concerne pas seulement le cycle annuel, il peut fonctionner à beaucoup plus long terme, ce qui permet d’absorber une grande part des changements climatiques intervenant dans des cycles relativement courts. Les océans ne parviennent cependant pas à compenser la totalité de l’énergie supplémentaire due aux rejets de gaz à effet de serre d’origine humaine.

A l’inverse, un changement significatif dans la circulation océanique peut aussi être la cause de changements climatiques, en modifiant les échanges de chaleur avec l’atmosphère. Cela a déjà été le cas par le passé et l’on pourrait craindre à l’avenir qu’un réchauffement entraîne une fonte rapide d’une partie des calottes de glaces polaires, et que cet afflux d’eau froide et douce génère une perturbation importante de la circulation océanique. Celle-ci, à son tour, apporterait des changements climatiques extrêmement brusques et importants dont il n’est pas exclu qu’ils impliquent, avec la disparition du Gulf Stream, un refroidissement catastrophique de l’Europe. Cette hypothèse n’est heureusement pas la plus vraisemblable pour l’avenir.

Certains changements cycliques dans la circulation atmosphérique, comme celui d’El Niño, sont aussi étroitement liés à la circulation océanique.

Les sources des émissions de gaz à effet de serre et l’augmentation de leur concentration

Le rayonnement solaire qui parvient à la surface de la terre est réexpédié en direction de la stratosphère sous forme de rayonnement infra-rouge. Certains gaz, comme la vapeur d’eau, le dioxyde de carbone ou le méthane agissent comme le vitrage d’une serre en empêchant le rayonnement de passer et donc l’énergie de s’échapper. Ces gaz existent pour la plupart à l’état naturel et leur présence permet à la température terrestre d’être nettement plus élevée. Les calculs ont montré que, sans les gaz à effet de serre, la température à la surface du globe serait en moyenne de –18°C, alors qu’elle atteint maintenant un peu plus de 15°C.

Les gaz à effet de serre de source humaine (ou «anthropogène ») sont le dioxyde de carbone (CO2), le méthane (CH4), le protoxyde d’azote (N2O), les chlorofluorocarbones (CFC) et les hydrofluorocarbones (HFC). Toute forme de combustion ou de décomposition de matière végétale contribue à augmenter la quantité de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, par exemple le fait de brûler du pétrole, du charbon, du gaz ou encore du bois. Le mécanisme de la constitution du principal gaz à effet de serre d’origine humaine, le dioxyde de carbone, est le suivant : le carbone (C) constituant la matière végétale est associé à l’oxygène (O) se trouvant dans l’atmosphère, pour former des molécules de dioxyde de carbone (CO2). Il s’agit d’un cycle naturel par lequel les molécules de CO2 présentes dans l’atmosphère vont à nouveau permettre la formation de matière végétale, que ce soit à la surface de la terre ou dans les océans. Si la teneur en dioxyde de carbone augmente aujourd’hui dans l’atmosphère, c’est principalement parce que nous brûlons à la fois de la matière végétale fossile (pétrole ou charbon) et de grands volumes de forêts tropicales. Schématiquement on peut dire que, en quelques dizaines d’années, les humains renvoient dans l’atmosphère d’énormes quantités de dioxyde de carbone qui avaient été absorbées très progressivement par la planète, depuis des millions d’années.

Le dioxyde de carbone de source anthropogène provient pour les trois quarts de la combustion de carburants fossiles (5,5 gigatonnes de carbone par an) et pour un quart de la déforestation. Lors de la période préindustrielle, sa concentration dans l’atmosphère s’élevait à 0,028% ou 280 ppm (= parties par million). Elle s’élève aujourd’hui à 0,038% ou 380 ppm. Une telle concentration n’a jamais été atteinte depuis au moins 650 000 ans et probablement bien plus longtemps.

Le méthane provient principalement de l’agriculture (des rizières et de l’élevage des ruminants) et accessoirement de la combustion. La concentration actuelle dans l’atmosphère s’élève à 1800 ppb (= parties par milliard, abrégé de l’anglais billion) alors qu’elle n’était que de 700 ppb lors de la période préindustrielle. Le niveau de concentration actuel n’a jamais été atteint durant les 60 derniers millions d’années au moins.

Le protoxyde d’azote provient principalement de l’utilisation de fertilisants dans l’agriculture et en second lieu de la combustion. Sa concentration est passée de 275 à 320 ppb depuis la période préindustrielle.

Les CFC, eux, n’existent pas à l’état naturel, ils sont uniquement d’origine industrielle. Leur production a été fortement réduite dès les années 1980 grâce au protocole de Montréal dont l’objectif était de supprimer ces gaz chlorés qui détruisent la couche d’ozone. Ils ont été remplacés par les HFC qui ne détruisent pas la couche d’ozone mais qui sont de puissants gaz à effet de serre. Actuellement, les quantités de CFC n’augmentent plus que très faiblement, voire diminuent progressivement dans l’atmosphère, tandis que celles de HFC sont en augmentation.

La contribution spécifique de chaque gaz au réchauffement

Chaque gaz à effet de serre a une capacité plus ou moins grande à réchauffer l’atmosphère. Si l’on attribue à une molécule de CO2 un potentiel de réchauffement de référence fixé a une unité, chaque molécule de méthane a un potentiel de 56, chaque molécule de protoxyde d’azote de 280 et chaque molécule de CFC ou HFC un potentiel de réchauffement allant de 500 à 16 000. En tenant compte des quantités de chaque gaz émises dans l’atmosphère et de leur potentiel de réchauffement respectif, on peut connaître la contribution de chacun d’entre eux à l’augmentation de l’effet de serre sur la planète depuis 1750. On la calcule en unités d’énergie, le Watt par m2. Uniformément répartie sur la planète, une énergie supplémentaire de 1 W/m2 est susceptible d’entraîner une augmentation de la température globale de 1°C. Or, de 1750 à 2000, les quatre principaux gaz à effet de serre ont procuré à notre planète un potentiel énergétique supplémentaire de 2,43 W/m2. La part du CO2 à ce processus s’est élevée à 60%, celle du méthane à 20%, celle des CFC et HFC à 14% et celle du N2O à 6%.

Pour estimer l’impact total de l’activité humaine sur le climat, il faut également tenir compte d’autres facteurs. Par exemple, l’ozone présent naturellement dans la stratosphère jouant aussi un rôle de gaz à effet de serre, la diminution de la couche d’ozone stratosphérique, très problématique pour la vie sur la planète, contribue par ailleurs à réduire l’effet de serre. Cette diminution correspond à 6% de l’effet conjugué des quatre principaux gaz décrits ci-dessus (soit – 0,15 W/m2). En revanche, la formation d’ozone troposphérique (le même gaz, mais sous forme de polluant se formant à proximité du sol, en raison de la pollution par ses précurseurs que sont les oxydes d’azote et les composés organiques volatils) contribue à augmenter l’effet de serre de 14% supplémentaires (soit + 0,35W/m2) par rapport aux quatre principaux gaz. Cependant, la répartition de l’ozone troposphérique varie beaucoup d’une région à l’autre et sa concentration peut diminuer rapidement en cas de cessation des émissions de ses précurseurs. Ce n’est pas le cas des autres gaz à effet de serre qui ont des durées de vie de quelques dizaines à plusieurs centaines d’années et dont la répartition autour de la planète est relativement homogène.

Contrairement aux gaz à effet de serre, les émissions d’aérosols (particules en suspension dans l’air), provenant des processus de combustion en général, et les émissions de soufre en particulier, sont locales et ont des conséquences à court terme. Elles contribuent à un refroidissement qu’on estime à 20% par rapport au réchauffement dû aux quatre principaux gaz à effet de serre (soit –0,49W/m2). L’effet des aérosols est limité dans le temps, car leur durée de vie dans l’atmosphère va de quelques jours à quelques semaines, alors que celle des gaz à effet de serre va d’une dizaine à plusieurs centaines d’années. Tandis que ces derniers s’accumulent constamment tout autour de la terre, l’effet des aérosols est ponctuel, dans le temps et dans l’espace. Il dépend en outre du type de nuages qu’ils génèrent: les nuages épais, cumuliformes, provoquent un refroidissement en empêchant le rayonnement ultraviolet de traverser, mais les nuages élevés et minces, les cirrus, réchauffent l’atmosphère en retenant côté terre le rayonnement infra-rouge. Il est vraisemblable que la stabilisation du réchauffement mesurée surtout dans l’hémisphère nord, entre 1950 et 1980, soit due au moins en partie à la forte augmentation des émissions de soufre durant cette période. La prise en compte de ce facteur est une des raisons principales qui ont entraîné la révision à la hausse des pronostics de réchauffement entre les deux rapports IPCC de 1995 et de 2001.

Depuis 1750 les variations naturelles des paramètres astronomiques ont entraîné une augmentation de l’énergie reçue par la terre équivalente à 12% de l’effet des quatre principaux gaz à effet de serre (+0,3 W/m2). La plus grande part de cette augmentation remonte à la première moitié du 20e siècle. Les importantes éruptions volcaniques, survenues entre 1880 et 1920 ainsi qu’entre 1960 et 1991 ont eu, au contraire, des effet négatifs. Le bilan des effets naturels combinés des paramètres astronomiques et des éruptions volcaniques, ainsi que du cycle des taches solaires est proche de zéro depuis 1960 et négatif depuis 1980.

En résumé, si le réchauffement observé dans la première partie du 20e siècle peut être attribué en partie à des causes naturelles, ce n’est assurément plus le cas pour la fin du siècle.

> Pour en savoir plus

 Extrait du titre La Suisse se réchauffe, Martine Rebetez
Publié dans la collection Le savoir suisse

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