16/05/2011

La structure sociale de la suisse

Kurhan091000367.jpgLa structure sociale de la Suisse, c’est l’organisation de l’ensemble des conditions sociales qui façonnent la vie des gens en Suisse en favorisant ou en entravant leur épanouissement. Que l’on ne songe donc pas en premier lieu aux individus vivant dans le pays ni aux relations privées qu’ils nouent entre eux mais à l’agencement de la société et à la manière dont il influence leur vie. La structure sociale n’est pas un donné naturel, elle résulte à son tour de l’activité humaine. Ces deux points de vue, apparemment opposés, seront pris en considération.


Mais que représente concrètement la «structure sociale» quand on pense à la vie quotidienne des simples citoyens et citoyennes ? On ne peut ni la palper ni la voir ou la photographier. On peut néanmoins s’en donner une image, même si ceux qui se livreront à pareille tentative n’aboutiront vraisemblablement pas tous au même résultat. Il faudra y revenir plus loin. Auparavant, il convient de préciser quelque peu la notion de structure sociale, sous-jacente à la représentation élaborée dans la suite.

Les habitants de tous les pays sont soumis à des conditions de vie concrètes auxquelles ils sont confrontés chaque jour. Ils ont des relations avec leurs semblables qui peuvent être des parents, des amis, des voisins, des supérieurs, des collègues ou encore des rencontres de hasard, faites au coin de la rue. Ces relations peuvent être harmonieuses ou conflictuelles, chargées de sentiments ou empreintes de réserve et de pragmatisme. Les gens exercent différentes activités en y investissant du temps et de l’énergie en proportions diverses, en faisant preuve de plus ou moins d’imagination et en y plaçant plus ou moins d’espoir. Toutes ces relations et ces activités, de même que les représentations qui les concernent, ne surgissent pas dans un vacuum. Elles ne sont pas le fait de personnes isolées ; elles ne s’insèrent pas non plus dans des situations neutres, réduites aux individus présents et sans cesse recréées à neuf. Dans tous leurs actes et leurs pensées, qu’ils le veuillent ou non, les humains se situent dans un environnement social organisé de façons multiples : ils vivent dans une certaine localité, une certaine région, un certain pays qui, à son tour, se trouve dans une certaine relation avec les autres pays du monde. Il n’est pas indifférent qu’ils vivent à la campagne ou en ville, qu’ils soient jeunes ou vieux, hommes ou femmes, riches ou pauvres. La mini-société de leur lieu de résidence, tout comme celle plus vaste de leur pays, se subdivise en différentes sphères où leur participation peut revêtir des modalités diverses: ils vont travailler, ils s’instruisent, ils vont voter, ils remplissent peut-être des obligations militaires, ils vont à l’église, ils font partie d’un réseau de relations de parenté. Qu’un de ces points les concerne ou non (et pourquoi) n’est pas sans importance pour leur vie et pour la manière dont leurs semblables se conduisent à leur égard.

Une large part des activités et des relations humaines se dé- roule dans un cadre organisé socialement. Celui-ci mène souvent une vie propre par rapport aux individus. Par exemple la plupart des domaines de la vie sont organisés sur un mode hiérarchique : il suffit de penser au secteur de l’économie et de la vie professionnelle, à l’école, à la politique, à l’armée, à l’Eglise, etc. Une personne qui participe à un de ces domaines occupe de ce fait une certaine position hiérarchique, qu’elle soit élevée, moyenne ou inférieure. Les biens et les services nécessaires pour faire son chemin dans la société sont produits et distribués dans de tels cadres d’activité. Aussi, les possibilités qui s’offrent aux individus dans le cours de leur vie dépendent étroitement des positions qu’ils y occupent. Les secteurs de la vie sociale qui viennent d’être évoqués font partie de la structure sociale d’un pays. Quand on se demande comment celle-ci marque les conditions de vie de son empreinte, on doit tenir compte de l’agencement de ces différents domaines et de leurs relations mutuelles. Quels sont les modes d’échange – de ressources matérielles, de personnes et d’informations – qui existent entre eux? Quelles formes de dépendance mutuelle ou d’autonomie y trouve-t-on ? Comment s’y répartissent les biens, les services, les positions sociales et le prestige ?

Les gens qui vivent dans une société et, par conséquent, dans les conditions imposées par sa structure sociale, peuvent réagir différemment à la situation qui est la leur. Ils peuvent être à cet égard satisfaits ou insatisfaits, et ceci pour des raisons tout à fait différentes. S’ils sont satisfaits, ils ne tenteront guère d’y changer quelque chose ; au contraire, ils tenteront de résister aux changements dont ils se sentent menacés. S’ils ne sont pas satisfaits, ils essaieront plutôt de changer les choses, pour autant qu’ils discernent de réelles possibilités d’aboutir. Une manière d’améliorer sa propre situation est d’essayer de l’influencer directement ou indirectement. Une autre manière, souvent tout aussi importante, est l’émigration vers des lieux où l’on espère trouver des conditions de vie plus favorables.

Dans son ouvrage, René Levy présente les conditions de vie en Suisse en tenant compte de tous ces aspects. Dans leur ensemble, ils offrent une image de la structure sociale, une esquisse des inégalités socialement organisées, développées historiquement, dans la Suisse d’aujourd’hui. Ils offrent également des indications sur la manière dont les Suisses tentent de faire évoluer leur société.

L’image et l’optique

L’image de la structure sociale de la Suisse qui émergera peu à peu dans les pages qui suivent dépend évidemment de l’optique choisie. Cette optique a été ébauchée dans le paragraphe précédent sans viser à la précision scientifique ni à l’exhaustivité. Sans aucun doute, l’image qui en résulte n’est pas la seule possible. C’est pourquoi chaque lectrice, chaque lecteur est invité·e expressément à l’envisager de manière critique. Si elle ne le satisfait pas, il lui faudra se demander si l’auteur s’est mal servi de l’optique choisie, si cette optique n’est pas appropriée au but fixé, ou si éventuellement sa propre image de contrôle – à laquelle il ou elle compare ce qu’on lui montre ici – présente des défauts. Pour rendre cet examen plus facile, les conceptions sous-jacentes aux différents chapitres seront présentées dans chaque cas.

Outre les limitations inhérentes à l’optique choisie, il y en a de plus simples qui ne permettent qu’une représentation fragmentaire de la réalité globale de la Suisse. Décrire la structure sociale sur un nombre limité de pages exige d’abord de négliger d’autres aspects de la société, par exemple l’univers des usages, de la culture, des conceptions du monde, les valeurs qui changent, mais aussi le paysage et d’autres aspects encore. Pire, le format de la publication oblige à sélectionner parmi les nombreux aspects de la structure sociale ceux que l’on juge les plus importants, et à ne décrire même ces derniers qu’à gros traits et dans une perspective limitée. Le choix à opérer est rendu délicat par le caractère pas toujours univoque des critères pertinents. Ainsi diffèrent-ils selon que l’on privilégie la perspective de la vie quotidienne des gens ou celle du fonctionnement d’un secteur de la société comme l’économie ou la politique. Le choix des informations rassemblées est justifié dans chaque chapitre.

La démarche

L’image de la Suisse esquissée dans l’ouvrage est avant tout une prise de vue instantanée. Elle est fondée par des recherches les plus diverses dont les résultats sont disponibles. La plupart des données utilisées sont extraites des ouvrages de lecture complémentaire répertoriés à la fin ou sont disponibles sans autre par internet, notamment auprès de l’Office fédéral de la statistique. Les chiffres cités se réfèrent, sauf exceptions indiquées, aux années 2005-2009. Les illustrations pour approfondir et concrétiser les propos généraux sont choisies sélectivement et remplacent un éventail plus vaste de phénomènes.

L’exposé commence par la position de la Suisse dans le monde. Nombre d’informations données par la suite seront comprises plus aisément sur cette toile de fond. La description de la situation en Suisse débute par les conditions de vie de ses habitants. Ensuite, on examinera les structures sociales qui ont suscité et entretenu les différences constatées à ce sujet. Enfin, on se demandera comment les habitants se comportent à l’égard de la structure de leur société et des changements qu’elle subit…

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 Extrait du titre La structure sociale de la suisse de René Levy
Publié dans la collection Le savoir suisse

14:23 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0)

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