29/12/2010

L’expertise en matière d’incendies et explosions

paulcowan070300045.jpgEn matière d’incendie ou d’explosion, ce n’est pas l’étendue des dégâts ni l’impact médiatique possible qui constituent l’intérêt d’un cas. Sur les plans chimique et physique, le mécanisme d’allumage d’un hangar peut être beaucoup plus intéressant que celui d’une usine. Le véritable expert est celui qui voit le plus de cas variés, non celui qui s’intéresse exclusivement aux sinistres d’importance. Sa présence sur les lieux est indispensable. Plus il intervient rapidement après le sinistre, plus il a de chances de trouver les lieux en l’état. Il observe, il fouille, en un mot, il se salit.


Il faut souvent remuer plusieurs tonnes de gravats pour trouver l’origine d’un feu ou d’une explosion, pour suivre la trace d’une ligne électrique, réunir quelques fragments d’un moteur ou tout simplement pour acquérir la certitude qu’il n’y a rien à découvrir à tel endroit. Cette démarche s’apparente à celle de l’archéologue. La situation après un sinistre relève du paradoxe. Si l’origine du feu est déterminée, le système d’allumage est vraisemblablement connu, ce qui signifie que la cause de l’incendie est évidente et l’expertise inutile. Si l’origine du feu n’est pas déterminée, c’est de loin le cas le plus fréquent, les indices matériels sont dispersés sous un amas de décombres quand ils n’ont pas tout simplement disparu. C’est en cela que réside la complexité propre à cette démarche criminalistique.

Car, dans tous les autres cas, le policier technique ou l’expert travaillent sur des indices matériels ; ils les recherchent, les révèlent, puis les comparent : comment identifier une personne, un objet, sans la présence de traces ? Comment individualiser une arme sans projectile tiré par elle ? Comment authentifier un document, ou confondre l’auteur de textes anonymes, sans écrits incriminés et de comparaison ?

Mais, dans une situation d’incendie, on ne compare pas. Chaque sinistre est unique et, s’il y a des analogies possibles, il n’y a pas identité. De même ce qui a disparu, et qu’on peut reconstituer, comme ce qui reste, est révélateur. Il faut rappeler que l’expertise d’incendie n’est pas un exercice solitaire. Elle se pratique en collaboration avec les services de la police, les pompiers et les organismes professionnels spécialisés. Les gens de métier, électriciens, chauffagistes, soudeurs, etc., voient ou vivent fréquemment des situations pouvant déclencher un allumage.

Cependant, un des points les plus importants pour la réussite d’une telle démarche demeure la fixation immédiate de l’état des lieux. Les pompiers et parfois les médecins interviennent bien évidemment les premiers ; des traces disparaissent, d’autres s’ajoutent, les lieux subissant des modifications profondes ; il ne reste plus, en certaines occasions, que le témoignage de ces professionnels pour reconstituer les éléments qui manquent et peuvent donner sens à l’ensemble du processus d’allumage. S’ils font défaut, alors l’expertise ne pourra pas être conduite jusqu’au bout, avec cette preuve ultime et évidente que, peut-être, le feu lui-même avait préservée.

> Pour en savoir plus

> Prix Roberval 2009 - Mention enseignement supérieur

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L'auteur :

Jean-Claude Martin est professeur honoraire en sciences forensiques de l'École des sciences criminelles (ESC) de l'Université de Lausanne. Il exerce aujourd'hui une activité d'expert dans le domaine des incendies et explosions d'atmosphère.

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