23/12/2010

Processus de Bologne, rankings et open science

arekmalang091000135.jpgL’internationalisation des systèmes scientifiques renvoie à deux objets classiques des sciences sociales en étroite correspondance: l’internationalisation et les sciences. Contrairement à ce que présupposerait une conception naturalisante ou réifiante de l’internationalisation des sciences, ces dernières ne sont pas internationales a priori, elles le sont devenues progressivement et avec de fortes variations nationales et disciplinaires. Historiquement, à travers la construction d’une logique réputationnelle au niveau tant individuel que collectif et institutionnel, les dynamiques scientifiques ont plus ou moins fait abstraction des frontières nationales.


La naissance des Etats-nations au 19e siècle et leur développement ultérieur ont toutefois contribué à conférer une certaine vigueur au lien avec le fait national. Par contre, ce lien a tendance à se distendre dans le contexte de globalisation et de construction européenne accélérée à partir des années 1980-1990, qui contribue dans de très nombreux pays occidentaux et secteurs de politiques publiques à redéfinir le clivage interne/externe.

A partir de ce très vaste tableau, on peut déjà avancer que l’internationalisation des sciences – saisies ici du double point de vue de la recherche et de l’enseignement supérieur – n’existe qu’à travers des pratiques quotidiennes structurantes et ce que les divers acteurs politiques et scientifiques en font par des luttes de sens et de pouvoir sur différentes scènes et dans diverses arènes. Certes, les sciences ont souvent été classiquement abordées du point de vue de leur internationalité jugée par certains comme consubstantielle à leur fonctionnement et à leur développement (approches mertoniennes). Insister sur l’historicité de ces processus, c’est marquer d’emblée que l’internationalisation des sciences renvoie à des activités scientifiques diversifiées, qu’elle occupe une place de plus en plus centrale et prend des « formes spécifiques » dans l’histoire.

La professionnalisation de la science a du reste aussi contribué à une internationalisation accrue, qui se manifeste également à travers des publications scientifiques de plus en plus collectives, la construction progressive de marchés du travail académique toujours plus internationalisés, la mise en place d’indicateurs Sciences et technologies (S&T) et aussi en matière d’éducation, d’infrastructures communes ou des programmes-cadre de l’Union européenne.

Aujourd’hui, la question internationale est donc à nouveau et/ou toujours au cœur des débats sur les sciences, mais dans un contexte différent (post-Guerre froide). Ce dernier ne repose plus exclusivement sur l’idée d’une internationalité intrinsèque de la science, mais tend à articuler celle-ci aux phénomènes plus généraux de la globalisation et de l’européanisation qui en découlent.

> Pour en savoir plus

-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Les Auteurs :

Jean-Philippe Leresche a obtenu son doctorat en science politique à l'Université de Lausanne en 1990. Depuis 1999, il est directeur de l'Observatoire Science, Politique et Société qu'il a fondé à l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne et qui a été transféré en 2005 à la Faculté des sciences sociales et politiques de l'Université de Lausanne.

Philippe Larédo est Dr, économiste, directeur de recherche à l’Université Paris-Est , professeur à l’Université de Manchester et coordinateur du réseau d’excellence européen PRIME sur les politiques de recherche et d’innovation.

Karl Weber est Dr, sociologue, professeur et directeur de la Koordinationsstelle für Weiterbildung de l'Université de Berne.

15:15 Publié dans Science | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.