25/12/2010

Lumière et philosophie naturelle

deimages080300050.jpgComprendre la lumière c’est embrasser d’un seul regard le rayon, l’image, la clarté sans images que diffuse le brouillard, les ondes et leurs interférences, l’hologramme, les photons qui font pousser les plantes ou qui sont émis, de manière cohérente, par les lasers. C’est difficile! À tel point, qu’au cours de son histoire, la science occidentale a, pour s’en sortir, invoqué Dieu à tout bout de champ. Le Créateur qui, dans la Genèse, désigne la lumière comme son oeuvre première est tout particulièrement présent dans l’optique, science privilégiée des pères franciscains, dominicains et jésuites. Albert Einstein écrivait à son collègue Arnold Sommerfeld en 1910 à propos de la dualité onde-photon: «Peut-on concilier les quanta d’énergie d’un côté, et le principe de Huygens de l’autre? Les apparences sont contre, mais Dieu semble avoir trouvé un truc.»


La lumière n’a pas seulement été engendrée comme entité physique ni même métaphysique. Elle véhicule avec elle bien d’autres attributs spirituels symboliques et métaphoriques qui pourraient être considérés comme marginaux dans un Traité de la lumière à vocations principalement scientifique et philosophique, s’ils n’avaient fertilisé ou stérilisé, facilité ou compliqué le travail des chercheurs au cours de l’histoire. À celui qui, par exemple, s’intéresse à la lumière comme véhicule de l’image, la philosophe contemporaine Marie-José Mondzain rappelle que les images «[…] se tiennent à mi-chemin des choses et des songes, dans un entre-monde, un quasi-monde, où se jouent peut-être nos servitudes et nos libertés». À l’instar du Traité des couleurs, le Traité de la lumière est donc bien un ouvrage de philosophie naturelle qui tente, sans mélanger les genres, une large synthèse des savoirs autour de la lumière, n’ignorant pas à quel point les songes furent créateurs dans le domaine des sciences: car toute création, y compris scientifique, est d’origine poétique et puise sa source dans l’imaginaire.

> Pour en savoir plus

> Article - Tribune de Genève

> RSR - Impatience - Traité de la lumière

> RSR - Les temps qui courent - Que la lumière soit!

> RSR - Devine qui vient diner - La lumière dans tous ses états

> Prix Arnulf-Françon 2009

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Les Auteurs :

Libero Zuppiroli effectue à Paris des études d'ingénieur des télécommunications couronnées par un diplôme en 1969. Physicien au Commissariat à l'énergie atomique puis, à partir de 1985, professeur associé à l'Ecole Polytechnique de Paris, il est nommé professeur à l'EPFL en 1990. Il y dirige le Laboratoire d'opto-électronique des matériaux moléculaires. Il y enseigne la Science des matériaux et la Mécanique quantique.

Marie-Noëlle Bussac est directeur de recherches au Centre National de la Recherche Scientifique. Elle a dirigé le Centre de physique théorique de l’Ecole Polytechnique de France. Elle a enseigné dans cette même école un cours de physique des couleurs. Ses recherches portent sur l’étude théorique des milieux non linéaires et désordonnés.

15:20 Publié dans Science | Lien permanent | Commentaires (0)

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