17/12/2010

De la pomme à la lune!

EcoSnap080800048.jpgLes prêtres-astrologues de l’antique Mésopotamie s’efforçaient de déchiffrer le message que les dieux avaient dissimulé dans le firmament étoilé. Pour y parvenir, ils devaient multiplier les observations, les consigner fidèlement et, du même coup, se transformer en véritables astronomes. Ce qui leur permit notamment de dresser des tableaux très précis des éclipses de lune. Ils parvinrent finalement à les prévoir. En comparant les tables babyloniennes avec les nôtres, nous avons fait une découverte intéressante. Dans les temps anciens, la durée du jour était plus courte, parce que la Terre tournait plus vite sur elle même.


Un témoignage corroboré par la paléontologie qui, plutôt que de déchiffrer des tablettes cunéiformes, s’est servi des fossiles coralliens pour remonter le temps jusqu’à l’ère primaire où la Terre, décidément, tournait bien plus vite sur elle-même. En quittant l’époque où les poissons étaient les rois de la création, nous aurions bien tort de ne pas nous arrêter un instant à l’époque néolithique où, en Europe occidentale, l’écriture était encore inconnue. L’architecture, en revanche, y était assez développée. Elle nous a laissé des monuments mégalithiques qui, aujourd’hui encore, font l’admiration des touristes. Faute de témoignages écrits, les mégalithes constituent des énigmes et font l’objet de polémiques sans fin. Avaient-ils une vocation purement religieuse ou sociale ou constituaient-ils également des observatoires astronomiques ? Etaient-ils volontairement orientés sur le soleil levant ? Faisaient-ils office de calendriers ? Sans doute ne connaîtrons-nous jamais la réponse à toutes ces questions. Faute d’avoir laissé des témoignages écrits, la civilisation mégalithique nous conduit peut-être à sous-estimer le niveau de culture auquel elle est parvenue.

Les quatre grands sont au nombre de cinq

Au moment où la civilisation hellénistique met la clé sous la porte de l’histoire, l’héritage qu’elle nous laisse est imposant. Il brûle en partie dans les multiples incendies de la Bibliothèque d’Alexandrie, mais sa richesse lui épargne la disparition totale. Sauvé de l’oubli par le monde arabe, il est recueilli à la fin du Moyen Age par l’Occident. Dès lors, impatient d’avoir dormi si longtemps, le patrimoine antique s’épanouit entre les mains des grandes figures scientifiques de la Renaissance, et notamment entre celles des quatre grands qui vont être à l’origine de la nouvelle astronomie et de la nouvelle physique. Il y a là Copernic, le timide révolutionnaire, et Galilée le provocateur qui défie le pouvoir de l’Eglise, coupable d’avoir imaginé que le Livre sacré ne pouvait mentir, même dans les plus humbles détails. Il y a encore Kepler, le missionnaire baroque qui ne cesse de scruter le grimoire céleste et d’y dénicher des trésors. Pour couronner le tout, il y a Newton le solitaire, le soupçonneux, qui achève le déchiffrement du mouvement des astres. Galilée avait affirmé bien haut que la science ne pouvait être abordée si l’on n’en maîtrisait d’abord la langue, les mathématiques. Quelques décennies plus tard, Newton a démontré à quel point il avait raison.

Puis le monde a changé. A part Galilée, peut-être, les quatre grands n’auraient pas nécessairement cautionné l’avènement du siècle des Lumières, mais ils l’ont préparé. Les gouvernements se sont intéressés aux conséquences de leurs travaux en entreprenant la construction de nouveaux observatoires et en finançant la première entreprise internationale à vocation scientifique. Ils ont chargé les astronomes de déterminer la longitude en mer avec une précision suffisante. Les XVIIIe et XIXe siècles ont vu l’exploitation et le développement des découvertes de Newton. On s’interroge sur la nature de la lumière et sur ses rapports avec la gravitation, on démontre expérimentalement que la Terre tourne, on glose sur cette mystérieuse gravité, et peu à peu on s’interroge sur son origine. Au début du XXe siècle, un nouveau nom s’inscrit au panthéon de la science à côté de ceux de ses quatre grands prédécesseurs. C’est celui d’un modeste employé du Bureau fédéral des brevets de Berne qui se permet de reprendre l’oeuvre de Newton où celui-ci l’avait laissée. Il faut dire qu’il se nomme Einstein…

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L'auteur :

François Rothen obtient son diplôme de physicien puis son doctorat ès sciences à l'Université de Lausanne. Après un stage à l'Université de Marburg (RFA), il revient à l'Institut de physique expérimentale de l'Université de Lausanne où il est nommé professeur ordinaire en 1975.

15:06 Publié dans Science | Lien permanent | Commentaires (0)

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