16/12/2010

Découverte exceptionnelle aux puces de Genève!

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illych080600185.jpgPar un jour glacial de janvier, l’auteur de ces lignes déambulait à travers le marché aux puces de Plainpalais à Genève, à la recherche d’anciens compteurs pour jeux de cartes susceptibles de compléter sa collection. Son attention fut attirée soudain par un gros livre à la reliure de parchemin, rigide et peu engageante, posé tout seul sur la table d’un marchand d’encadrements. Un coup d’oeil à quelques pages prises au hasard révéla un contenu encore moins engageant : un texte farci de chiffres, en vieil allemand et en caractères gothiques.


Passée cette première impression négative, la curiosité prit le dessus et suscita un examen plus attentif et surtout plus objectif. Le livre était un traité d’arithmétique apparemment très fouillé. Il avait été publié à Berne en 1619. Il avait pour auteur un patricien bernois, Johan Rudolff von Graffenried. Il comportait 704 pages numérotées (un record pour l’époque) de 16 centimètres de large sur 20 de haut, avec un miroir – la surface imprimée – de 11 sur 16 environ ; à quoi s’ajoutaient un début non numéroté de 55 pages, et à la fin un index de 11 pages. Autant de caractéristiques qui ne pouvaient laisser indifférent l’historien du calcul élémentaire, citoyen bernois de surcroît. Le prix demandé – 250 francs – semblait à première vue excessif. Après l’inévitable marchandage, le marché fut conclu à 200 francs, ce qui paraissait encore très cher. Mais comme chacun sait, quand on aime, on ne compte pas. Or peu de semaines plus tard, un correspondant allemand qui en avait reçu quelques photos estimait la valeur du livre « au minimum à dix fois ce prix », et un autre jugeait que le montant payé était un Schnäppschenpreis (le prix d’un petit verre de schnaps) comparé à la valeur de l’ouvrage. Car l’un et l’autre étaient arrivés à la conclusion, recherches faites, qu’il n’en existe que quelques exemplaires connus dans les bibliothèques universitaires ; et qu’au vu de sa table des matières et de son nombre de pages, il s’agit d’un des ouvrages d’arithmétique les plus importants de son époque.

Cerises sur le gâteau : un spécialiste des arts graphiques trouvait ensuite l’impression particulièrement belle pour l’époque, avec des lettres bien noires et une absence totale de foulage (on appelle ainsi le relief des lettres qui apparaît parfois de l’autre côté de la page), ce qui témoignait d’une pression parfaitement dosée par l’imprimeur ; après quoi la reliure était encore déclarée d’origine par une spécialiste de la Bibliothèque de Genève.

Seule ombre au tableau : le papier, vieux de quatre siècles, avait bruni et il était souvent taché. Cela rendra délicates certaines reproductions en noir et blanc, qui apparaitront dans la suite avec un fond gris parfois très foncé.

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L'auteur :

Professeur honoraire de l’Université de Lausanne, mathématicien et économiste, Alain Schärlig a publié plusieurs livres sur son sujet de recherche et d’enseignement, les méthodes de calcul dans la gestion.

15:00 Publié dans Science | Lien permanent | Commentaires (0)

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